La foi, l’Espérance et la Charité

Extrait de la Revue Spirite de février 1862.

Bordeaux. Médium, madame Cazemajoux.


La Foi

Je suis la sueur aînée de l’Espérance et de la Charité, je me nomme la Foi.

Je suis grande et forte ; celui qui me possède ne craint ni le fer ni le feu : il est à l’épreuve de toutes les souffrances physiques et morales. Je rayonne sur vous avec un flambeau dont les jets étincelants se reflètent au fond de vos cœurs, et je vous communique la force et la vie. On dit, parmi vous, que je soulève les montagnes, et moi je vous dis : Je viens soulever le monde, car le Spiritisme est le levier qui doit m’aider. Ralliez-vous donc à moi, je viens vous y convier : je suis la Foi.

Je suis la Foi ! j’habite, avec l’Espérance, la Charité et l’Amour, le monde des purs Esprits ; j’ai souvent quitté les régions éthérées, et suis venue sur la terre pour vous régénérer, en vous donnant la vie de l’esprit ; mais, à part les martyrs des premiers temps du christianisme et quelques fervents sacrifices de loin en loin au progrès de la science, des lettres, de l’industrie et de la liberté, je n’ai trouvé parmi les hommes qu’indifférence et froideur, et j’ai repris tristement mon vol vers les cieux ; vous me croyiez au milieu de vous, mais vous vous trompiez, car la Foi sans les œuvres est un semblant de Foi ; la véritable Foi, c’est la vie et l’action.

Avant la révélation du Spiritisme, la vie était stérile ; c’était un arbre desséché par les éclats de la foudre qui ne produisait aucun fruit. On me reconnaît à mes actes : j’illumine les intelligences, je réchauffe et je fortifie les cœurs ; je chasse loin de vous les influences trompeuses et vous conduis à Dieu par la perfection de l’esprit et du cœur. Venez vous ranger sous mon drapeau, je suis puissante et forte : je suis la Foi.

Je suis la Foi, et mon règne commence parmi les hommes ; règne pacifique qui va les rendre heureux pour le temps présent et pour l’éternité. L’aurore de mon avènement parmi vous est pure et sereine ; son soleil sera resplendissant, et son couchant viendra doucement bercer l’humanité dans les bras des félicités éternelles. Spiritisme ! verse sur les hommes ton baptême régénérateur ; je leur fais un appel suprême : je suis la Foi.

Georges,

Évêque de Périgueux.


L’Espérance

Je me nomme l’Espérance ; je vous souris à votre entrée dans la vie ; je vous y suis pas à pas, et ne vous quitte que dans les mondes où se réalisent pour vous les promesses de bonheur que vous entendez sans cesse murmurer à vos oreilles. Je suis votre fidèle amie ; ne repoussez pas mes inspirations : je suis l’Espérance.

C’est moi qui chante par la voie du rossignol et qui jette aux échos des forêts ces notes plaintives et cadencées qui vous font rêver des cieux ; c’est moi qui inspire à l’hirondelle le désir de réchauffer ses amours à l’abri de vos demeures ; je joue dans la brise légère qui caresse vos cheveux ; je répands à vos pieds les parfums suaves des fleurs de vos parterres, et c’est à peine si vous donnez une pensée à cette amie qui vous est si dévouée ! Ne la repoussez pas : c’est l’Espérance.

Je prends toutes les formes pour me rapprocher de vous : je suis l’étoile qui brille dans l’azur, le chaud rayon de soleil qui vous vivifie ; je berce vos nuits de songes riants ; je chasse loin de vous le noir souci et les sombres pensées ; je guide vos pas vers le sentier de la vertu ; je vous accompagne dans vos visites aux pauvres, aux affligés, aux mourants, et vous inspire les paroles affectueuses qui consolent ; ne me repoussez pas : je suis l’Espérance.

Je suis l’Espérance ! c’est moi qui, dans l’hiver, fais croître sur l’écorce des chênes la mousse épaisse dont les petits oiseaux construisent leur nid ; c’est moi qui, au printemps, couronne le pommier et l’amandier de leurs fleurs blanches et roses, et les répands sur la terre comme une jonchée céleste qui fait aspirer aux mondes heureux ; je suis surtout avec vous quand vous êtes pauvres et souffrants ; ma voix résonne sans cesse à vos oreilles ; ne me repoussez pas : je suis l’Espérance.

Ne me repoussez pas, car l’ange du désespoir me fait une guerre acharnée et s’épuise en vains efforts pour me remplacer près de vous ; je ne suis pas toujours la plus forte, et, quand il parvient à m’éloigner, il vous enveloppe de ses ailes funèbres, détourne vos pensées de Dieu et vous conduit au suicide ; unissez-vous à moi pour éloigner sa funeste influence et laissez-vous bercer doucement dans mes bras, car je suis l’Espérance.

Felicia,

Fille du médium.


La Charité

Je suis la Charité ; oui, la vraie Charité ; je ne ressemble en rien à la charité dont vous suivez les pratiques. Celle qui a usurpé mon nom parmi vous est fantasque, capricieuse, exclusive, orgueilleuse, et je viens vous prémunir contre les défauts qui ternissent, aux yeux de Dieu, le mérite et l’éclat de ses bonnes actions. Soyez dociles aux leçons que l’Esprit de vérité vous fait donner par ma voix ; suivez-moi, mes fidèles je suis la Charité.

Suivez-moi ; je connais toutes les infortunes, toutes les douleurs, toutes les souffrances, toutes les afflictions qui assiègent l’humanité. Je suis la mère des orphelins ; la fille des vieillards, la protectrice et le soutien des veuves ; je panse les plaies infectes ; je soigne toutes les maladies ; je donne des vêtements du pain et un abri à ceux qui n’en ont pas ; je monte dans les plus misérables greniers, dans l’humble mansarde ; je frappe à la porte des riches et des puissants, car, partout où vit une créature humaine, il y a sous le masque du bonheur d’amères et cuisantes douleurs. Oh ! que ma tâche est grande ! je ne puis suffire à la remplir si vous ne venez pas à mon aide ; venez à moi : je suis la Charité.

Je n’ai de préférence pour personne ; je ne dis jamais à ceux qui ont besoin de moi : « J’ai mes pauvres, adressez-vous ailleurs. » Oh ! fausse charité, que tu fais de mal ! Amis, nous nous devons à tous ; croyez-moi, ne refusez votre assistance à personne ; secourez-vous les uns les autres avec assez de désintéressement pour n’exiger aucune reconnaissance de la part de ceux que vous aurez secourus. La paix du cœur et de la conscience est la douce récompense de mes œuvres : je suis la vraie Charité.

Nul ne connaît sur la terre le nombre et la nature de mes bienfaits ; la fausse charité seule blesse et humilie celui qu’elle soulage. Gardez-vous de ce funeste écart ; les actions de ce genre n’ont aucun mérite auprès de Dieu et attirent sur vous sa colère. Lui seul doit savoir et connaître les élans généreux de vos cœurs, quand vous vous faites les dispensateurs de ses bienfaits. Gardez-vous donc, amis, de donner de la publicité à la pratique de l’assistance mutuelle ; ne lui donnez plus le nom d’aumône ; croyez en moi : Je suis la Charité.

J’ai tant d’infortunes à soulager que j’ai souvent les mamelles et les mains vides ; je viens vous dire que j’espère en vous. Le Spiritisme a pour devise : Amour et Charité, et tous les vrais Spirites voudront, à l’avenir, se conformer à ce sublime précepte prêché par le Christ, il y a dix-huit siècles. Suivez-moi donc, frères, je vous conduirai dans le royaume de Dieu, notre père. Je suis la Charité.

Adolphe,

Évêque d’Alger.

Instruction donnée par nos guides au sujet des trois communications ci-dessus

Mes chers amis, vous avez dû croire que c’était l’un de nous qui vous avait donné ces enseignements sur la foi, l’espérance et la charité, et vous avez eu raison.

Heureux de voir des Esprits très supérieurs vous donner si souvent les conseils qui doivent vous guider dans vos travaux spirituels, nous n’en éprouvons pas moins une joie douce et pure quand nous venons vous aider â la tâche de votre apostolat spirite.

Vous pouvez donc attribuer à l’Esprit de M. Georges la communication de la Foi ; celle de l’Espérance, à Félicia : vous y retrouvez le style poétique qu’elle avait pendant sa vie ; et celle de la Charité à M. Dupuch, évêque d’Alger, qui a été, sur la terre, un de ses fervents apôtres.

Nous avons encore à vous faire traiter la charité à un autre point de vue ; nous le ferons dans quelques jours.

Vos Guides.

Le passé

Extrait de A la découverte de soi, chapitre 8, Les sicaires de l’âme, de l’Esprit Joanna de Ângelis et psychographié par Divaldo Pereira Franco


En général celui qui a commis des erreurs s’en afflige et pleure sur son passé. La conscience coupable, il se lamente.

Pourtant, le passé est passé et les causes des erreurs ne peuvent être ignorées ni conjurées. Il appartient à chacun de les atténuer et d’y mettre fin.

En analysant sereinement des événements malheureux de notre passé, nous prenons conscience des moyens d’atténuer leurs conséquences et de faire en sorte que nos opportunités et nos réalisations du présent produisent des effets propices à un futur plus équilibré.

A chaque instant, des réalisations salutaires peuvent se produire et s’enchaîner en une suite d’événements bienheureux.

Quiconque a commis des fautes ou créé des problèmes dans un passé proche a certainement aussi fait de bonnes choses et gagné en sympathie. Il a agressé et rendues certaines personnes malheureuses et, en même temps, il en a estimé et aimé d’autres, en tissant avec elles des liens amicaux et affectueux. Personne n’est dénué de vertus et de liens affectifs généreux.

Même lorsque des conflits surviennent comme effets de la réincarnation ou sous des formes pathologiques comme l’angoisse, la peur et l’insécurité sous l’aiguillon implacable du remord, la prise de conscience du bien déjà réalisé et que l’on pourra encore faire, agit comme un baume et permet une implication sincère dans la réhabilitation.

Le pardon de soi doit prévaloir lors que l’on examine les échecs qui sont survenus du fait du stade évolutif où l’on se trouvait alors. Si nous avions acquis d’avantage d’expérience, nous aurions agi différemment, sans précipitation ni inconséquence. Il faut savoir se pardonner à soi-même pour se libérer du sentiment de culpabilité.  Ce n’est pas cautionner un agissement, qu’il soit bon ou mauvais. C’est une occasion de grandir intérieurement, de réparer des dommages, d’accepter d’être ce que l’on est. Grâce à la compréhension de soi, pardonner aux autres devient plus facile. Les querelles sont naturellement vidées.

Dès lors, que nous ayons été victime ou bourreau, il devient nécessaire de travailler sur la culpabilité et de réparer le ressentiment engendré. Dans le premier cas, il faut considérer que les circonstances qui nous ont conduits à l’événement ne sont plus les mêmes. Des circonstances nouvelles appellent un comportement nouveau qui sera couronné de bons résultats. Un point de vue mental différent permet une vision différente des faits, plus favorable et bénéfique. Dans le second cas, où des personnes ont été lésées, l’étape suivante qui permet de se rééquilibrer et de se réconcilier avec l’offensé consiste à reconnaître ses erreurs.  Si l’acte est ancien, la volonté de rectifier son comportement agira sur la Loi de Cause à Effet, et apportera alors des réponses émotionnelles gratifiantes. Si ce passé est proche, des visualisations permettront la rencontre mentale avec l’offensé, incarné ou non. La présentation sincère et affectueuse de nos excuses en même temps que notre détermination à ne pas répéter nos erreurs est un précieux facteur d’équilibre.

Nous ne pouvons pas revenir en arrière, mais nous pouvons cependant examiner les faits pour en extraire le meilleur et ne pas générer de nouveaux éléments perturbateurs.

En marchant dans la rue, un homme sage fut violemment bousculé par un autre. Avant qu’il ait pu retrouver ses esprits, l’autre se mit à l’invectiver très en colère. Gardant son calme, l’homme attendit de pouvoir placer un mot puis lui dit : – Malheureusement je n’ai pas le temps d’analyser qui a bousculé qui. Si c’est vous qui m’avez bousculé, je vous excuse et si c’est le contraire je vous demande pardon. Il reprit alors son chemin en laissant le coléreux tout à sa honte.

L’idéal serait que la victime comprenne la situation et pardonne à son agresseur, mais ce n’est pas le plus important. Ce qui compte, c’est de regretter, de se rééquilibrer et de réparer les dommages causés.

Fort de l’expérience du présent, on aimerait souvent revenir sur le passé. Néanmoins, il est probable qu’avec la connaissance, mais sans ressources morales suffisantes, on n’aurait toujours pas bien agi.

Toute connaissance bien vécue et analysée est un atout précieux de l’expérience. Face à une situation négative, on apprend ce qu’il ne faut pas faire.

Leçon enregistrée, apprentissage assuré.

La technique de visualisation à des fins de récupération devra être répétée fréquemment jusqu’à ce que l’élément conflictuel disparaisse au profit de la confiance en notre capacité à mieux agir à l’avenir envers notre opposant.

Il est essentiel d’acquérir cette confiance intérieure et de permettre ainsi à la conscience d’être toujours en alerte pour guider notre conduite et nos actions. Ce comportement deviendra habituel et s’intègrera à notre personnalité qui jouira de l’harmonie qui découle d’une existence bien dirigée. Ce sera une manière d’unir l’ego au Self, en permettant au Moi profond, qui est l’Esprit, de commander le corps, de contrôler les réactions et les automatismes, les héritages de l’ordre de l’agressivité animale et les instincts primitifs encore prépondérants.

La marche est longue et enrichissante. Chaque étape franchie rapproche l’être du stade évolutif tant espéré.

Déceptions. Ingratitude. Affections brisées.

Extraits du Livre des Esprits d’Allan Kardec.

937. Les déceptions que nous font éprouver l’ingratitude et la fragilité des liens de l’amitié, ne sont-elles pas aussi pour l’homme de cœur une source d’amertume ?

« Oui ; mais nous vous apprenons à plaindre les ingrats et les amis infidèles : ils seront plus malheureux que vous. L’ingratitude est fille de l’égoïsme, et l’égoïste trouvera plus tard des cœurs insensibles comme il l’a été lui-même. Songez à tous ceux qui ont fait plus de bien que vous, qui valurent mieux que vous, et qui ont été payés par l’ingratitude. Songez que Jésus lui-même a été bafoué et méprisé de son vivant, traité de fourbe et d’imposteur, et ne vous étonnez pas qu’il en soit de même à votre égard. Que le bien que vous avez fait soit votre récompense en ce monde, et ne regardez pas ce qu’en disent ceux qui l’ont reçu. L’ingratitude est une épreuve pour votre persistance à faire le bien ; il vous en sera tenu compte, et ceux qui vous ont méconnu en seront punis d’autant plus que leur ingratitude aura été plus grande. »

938. Les déceptions causées par l’ingratitude ne sont-elles pas faites pour endurcir le cœur et le fermer à la sensibilité ?

« Ce serait un tort ; car l’homme de cœur, comme tu dis, est toujours heureux du bien qu’il fait. Il sait que si l’on ne s’en souvient pas en cette vie, on s’en souviendra dans une autre, et que l’ingrat en aura de la honte et des remords. »

– Cette pensée n’empêche pas son cœur d’être ulcéré ; or, cela ne peut-il faire naître en lui l’idée qu’il serait plus heureux s’il était moins sensible ?

« Oui, s’il préfère le bonheur de l’égoïste ; c’est un triste bonheur que celui-là ! Qu’il sache donc que les amis ingrats qui l’abandonnent ne sont pas dignes de son amitié, et qu’il s’est trompé sur leur compte ; dès lors, il ne doit pas les regretter. Plus tard il en trouvera qui sauront mieux le comprendre. Plaignez ceux qui ont pour vous de mauvais procédés que vous n’avez pas mérités, car il y aura pour eux un triste retour ; mais ne vous en affectez pas : c’est le moyen de vous mettre au-dessus d’eux. »

La nature a donné à l’homme le besoin d’aimer et d’être aimé. Une des plus grandes jouissances qui lui soit accordée sur la terre, c’est de rencontrer des cœurs qui sympathisent avec le sien ; elle lui donne ainsi les prémices du bonheur qui lui est réservé dans le monde des Esprits parfaits où tout est amour et bienveillance : c’est une jouissance qui est refusée à l’égoïste.

Le hérisson, le lapin et la pie

Fable

Aux membres de la Société Spirite de Bordeaux.

La charité, mes amis, se fait de bien des manières : vous pouvez faire la charité en pensées et en actions… (L’Esprit protecteur de la Société Spirite de Lyon. Revue Spirite du 10 octobre 1861.)

Un pauvre hérisson, chassé de son abri,

Roulait à travers champs et ronces meurtrières,

Sous les coups de sabot d’un enfant des chaumières,

Qui l’abandonne enfin ensanglanté, meurtri.

Il replie en tremblant son épineuse armure,

S’allonge, autour de lui jette un regard furtif,

Et, le danger passé, murmure

D’un accent débile et plaintif :

– Où me cacher ?… où fuir ?… regagner ma demeure

Est au-dessus de mon pouvoir ;

Mille dangers que je ne puis prévoir

Me menacent ici… Faut-il donc que je meure ?

J’ai besoin d’un refuge et d’un peu de repos

Pour laisser guérir mes blessures ;

Mais… où sont les retraites sûres ?

Qui prendra pitié de mes maux ?

Un lapin, habitant sous des débris de roche,

Lapin pour qui la charité

N’était pas un vain mot, est attendri, s’approche

Et lui dit : – Mon ami, je suis bien abrité ;

Acceptez la moitié de mon modeste asile,

Asile sûr pour vous ; il serait difficile

De venir y chercher la trace de vos pas.

Puis, vous pouvez être tranquille :

Les soins auprès de moi ne vous manqueront pas.

Sur cette offre si gracieuse,

Le hérisson cheminait lentement,

Quand une pie officieuse,

Faisant signe au lapin : – Arrêtez un moment,

Je vous prie… un mot… peu de chose…

Et puis au hérisson : – C’est un petit secret !…

Pardon au moins du retard que je cause !

Et le bon lapin, tout discret

L’engage à parler bas et dresse les oreilles.

– Comment ! vous emmenez chez vous de telles gens !…

Vous allez un peu loin dans vos soins obligeants !

Je ne ferai jamais de sottises pareilles,

Moi… Vous ne craignez pas de vous en repentir ?

Une fois sa santé, ses forces recouvrées,

Vous serez le premier peut-être à ressentir

Avec son mauvais cœur ses pointes acérées ;

Et quel moyen alors de le faire sortir ?…

Le lapin lui répond : – Aucune inquiétude

Ne doit nous détourner d’un élan généreux ;

Il vaut mieux s’exposer à de l’ingratitude

Que de manquer aux malheureux !

C. Dombre.

Pendant la promenade matinale

Chapitre 46 d’Aurore Chrétienne, de l’Esprit Neio Lucio et psychographié par Chico Xavier.


Dionysos, le meunier, est parti très tôt en compagnie de son fils, en direction du grand champ de maïs.

La matinée s’annonçait belle.

Les collines voisines semblaient habillées de mousseline flottante.

Les brins d’herbe, ayant encore la rosée nocturne, ressemblaient à un tissu vert exquis, décoré de perles. Les fleurs rouges, çà et là, donnaient l’idée de bijoux éparpillés sur le sol.
Les arbres, très grands, au bord de la route, se réveillaient doucement au souffle du vent.
Le soleil apparaissait brillant, revêtant le paysage d’une couronne resplendissante.

Ronaldo, le petit guidé par la main paternelle, suivait tout émerveillé. Il ne savait qu’admirer le plus : le drap de brouillard très blanc ou l’horizon flamboyant de lumière. À un moment, il a
demandé, heureux :

– Papa, de qui est tout ce monde ?

– Tout appartient au Créateur, mon fils – a expliqué le meunier content – le soleil, l’air, les eaux, les arbres et les fleurs, tout, tout est son œuvre à lui, notre Père et Seigneur.

– Pourquoi tout cela ? – a continué joyeusement le petit.

– Afin que nous puissions profiter de cette école divine qu’est la Terre.

– L’école ?

– Oui, mon fils – a dit le père, patient – ici, nous devons apprendre dans le travail, à nous aimer les uns les autres, à améliorer nos sentiments, nous devons apprendre comment perfectionner le sol sur lequel nous marchons, transformer les collines, les plaines et les rochers en villes, en fermes, en écuries, en vergers, en champs de maïs et en jardins.

Ronaldo n’a pas immédiatement compris ce que signifiait « améliorer nos sentiments » ; cependant, il savait parfaitement ce qu’était l’enlèvement d’un tas de pierres. Surpris, il a demandé, à nouveau :

– Alors, papa, nous sommes obligés de travailler autant ?

Comment sera-t-il possible de modifier ce monde si grand ?

Le meunier a réfléchi quelques instants et a observé :

– Mon fils, j’ai entendu dire qu’une hirondelle se promenait seule quand elle a remarqué qu’un feu brûlait son champ préféré. Le feu dévorait les plantes et les nids. En vain, elle a crié à l’aide. Voyant que personne n’écoutait ses appels, elle s’est dirigée rapidement vers le ruisseau non loin de là, elle a plongé ses petites ailes dans l’eau froide et claire ; puis elle est retournée dans la zone de l’incendie, et a secoué ses ailes mouillées sur les flammes dévorantes, cherchant à les éteindre. Elle a répété l’opération, plusieurs fois, lorsqu’un faucon paresseux s’est approché, lui demandant avec ironie : «Tu crois, en vérité, combattre un incendie si grand avec quelques gouttes d’eau ?» La petite hirondelle serviable, cependant, a répondu calmement :

«Il est probable que je ne puisse pas faire tout le travail ; cependant, je suis immensément heureuse d’accomplir mon devoir».

Le meunier a fait une pause et a interrogé son fils :

– Ne crois-tu pas que nous pouvons imiter cet exemple ?

Si nous procédions tous comme l’hirondelle active et vigilante, en peu de temps la Terre entière serait transformée en paradis.

L’enfant se tut, comprenant l’étendue de l’enseignement et contemplant la beauté du paysage du matin, depuis les bords du chemin jusqu’à la montagne lointaine, il se promit de chercher à remplir, dans le monde, toutes les obligations qui lui incomberaient dans l’œuvre sublime du Bien infini.

Le devoir

Extrait de la Revue Spirite de décembre 1863


Société spirite de Paris, 20 novembre 1863. – Médium, M. Costel

Le devoir est l’obligation morale, vis-à-vis de soi d’abord, et des autres ensuite ; le devoir est la loi de la vie, il se trouve dans les plus infimes détails, aussi bien que dans les actes élevés. Je ne vais parler ici que du devoir moral, et non de celui qu’imposent les professions.

Dans l’ordre des sentiments, le devoir est très difficile à remplir, parce qu’il se trouve en antagonisme avec les séductions de l’instinct et du cœur ; ses victoires n’ont pas de témoins, et ses défaites n’ont pas de répression. Le devoir intime de l’homme est abandonné à son libre arbitre ; l’aiguillon de la conscience, cette gardienne de la probité intérieure, l’avertit et le soutient ; mais elle demeure souvent impuissante devant les sophismes de la passion. Le devoir du cœur, fidèlement observé, élève l’homme ; mais ce devoir, comment le préciser ? Où commence-t-il ? où s’arrête-t-il ? Il commence expressément au point où vous menacez le bonheur ou le repos de votre prochain ; il se termine à la limite que vous ne voudriez pas voir franchir pour vous-même.

Dieu a créé tous les hommes égaux pour la douleur ; petits ou grands, ignorants ou éclairés, souffrent par les mêmes causes, afin que chacun juge sainement le mal qu’il peut faire. Le même critérium n’existe pas pour le bien, infiniment plus varié dans ses expressions. L’égalité devant la douleur est une sublime prévoyance de Dieu, qui veut que ses enfants, instruits par l’expérience commune, ne commettent pas le mal en arguant de l’ignorance de ses effets.

Le devoir est le résumé pratique de toutes les spéculations morales ; c’est une bravoure de l’âme qui affronte les angoisses de la lutte ; il est austère et simple ; prompt à se plier aux complications diverses, il demeure inflexible devant leurs tentations. L’homme qui remplit son devoir aime Dieu plus que les créatures, et les créatures plus que lui-même ; il est à la fois juge et esclave dans sa propre cause. Le devoir est le plus beau fleuron de la raison ; il relève d’elle, comme le fils relève de sa mère. L’homme doit aimer le devoir, non parce qu’il préserve des maux de la vie auxquels l’humanité ne peut être soustraite, mais parce qu’il donne à l’âme la vigueur nécessaire à son développement. L’homme ne peut détourner le calice de ses épreuves ; le devoir est pénible dans ses sacrifices ; le mal est amer dans ses résultats ; mais ces douleurs, presque égales, ont des conclusions très différentes : l’une est salutaire comme les poisons qui rendent la santé, l’autre est nuisible comme les festins qui ruinent le corps.

Le devoir grandit et rayonne sous une forme plus élevée dans chacune des étapes supérieures de l’humanité. L’obligation morale ne cesse jamais de la créature à Dieu ; elle doit refléter les vertus de l’Éternel, qui n’accepte pas une ébauche imparfaite, parce qu’il veut que la beauté de son œuvre resplendisse devant lui.

Lazare

La discipline de la pensée et la réforme du caractère

Du livre Le problème de l’être et de la destinée, de Léon Denis (extrait du chapitre 24).


La pensée est créatrice, disions-nous. Elle n’agit pas seulement autour de nous, influençant nos semblables en bien ou en mal ; elle agit surtout en nous. Elle génère nos paroles, nos actions et, par elle, nous construisons chaque jour l’édifice, grandiose ou misérable, de notre vie, présente et à venir. Nous façonnons notre âme et son enveloppe par nos pensées ; celles-ci produisent des formes, des images qui s’impriment dans la matière subtile dont le corps fluidique est composé. Ainsi, peu à peu, notre être se peuple de formes frivoles ou austères, gracieuses ou terribles, grossières ou sublimes ; l’âme s’ennoblit, se pare de beauté, ou se fait une atmosphère de laideur.

Il n’est pas de sujet plus important que l’étude de la pensée, de ses pouvoirs, de son action. Elle est la cause initiale de notre élévation ou de notre abaissement ; elle prépare toutes les découvertes de la science, toutes les merveilles de l’art, mais aussi toutes les misères et toutes les hontes de l’humanité. Suivant l’impulsion donnée, elle fonde ou détruit les institutions comme les empires, les caractères comme les consciences. L’homme n’est grand, l’homme ne vaut que par sa pensée ; par elle ses oeuvres rayonnent et se perpétuent à travers les siècles.

Le spiritualisme expérimental, beaucoup mieux que toutes les doctrines antérieures, nous permet de saisir, de comprendre toute la force de projection de la pensée. Elle est le principe de la communion universelle. Nous la voyons agir dans le phénomène spirite, qu’elle facilite ou entrave ; son rôle dans les séances d’expérimentation est toujours considérable. La télépathie nous a démontré que les âmes peuvent s’impressionner, s’influencer à toutes distances. C’est le moyen dont se servent les humanités de l’espace pour communiquer entre elles à travers les immensités sidérales. Dans tout le champ des activités solaires, dans tous les domaines du monde visible ou invisible, l’action de la pensée est souveraine. Elle ne l’est pas moins, répétons-le, en nous-mêmes et sur nous-mêmes, modifiant constamment notre nature intime.

Les vibrations de nos pensées, de nos paroles, en se renouvelant dans un sens uniforme, chassent de notre enveloppe les éléments qui ne peuvent vibrer en harmonie avec elles ; elles attirent des éléments similaires qui accentuent les tendances de l’être. Une oeuvre, souvent inconsciente, s’élabore ; mille ouvriers mystérieux travaillent dans l’ombre ; aux profondeurs de l’âme, toute une destinée s’ébauche ; dans sa gangue, le diamant caché s’épure ou se ternit.

Si nous méditons sur des sujets élevés, sur la sagesse, le devoir, le sacrifice, notre être s’imprègne peu à peu des qualités de notre pensée. Voilà pourquoi la prière improvisée, ardente, l’élan de l’âme vers les puissances infinies, a tant de vertu. Dans ce dialogue solennel de l’être avec sa cause, l’influx d’en haut nous envahit et des sens nouveaux s’éveillent. La compréhension, la conscience de la vie s’augmente et nous sentons, mieux qu’on ne peut l’exprimer, la gravité et la grandeur de la plus humble des existences. La prière, la communion par la pensée avec l’univers spirituel et divin, c’est l’effort de l’âme vers la beauté et la vérité éternelles ; c’est l’entrée pour un instant dans les sphères de la vie réelle et supérieure, celle qui n’a pas de terme.

Si, au contraire, notre pensée est inspirée par de mauvais désirs, par la passion, la jalousie, la haine, les images qu’elle enfante se succèdent, s’accumulent dans notre corps fluidique et l’enténèbrent. Ainsi, nous pouvons, à volonté, faire en nous la lumière ou l’ombre. C’est ce qu’affirment tant de communications d’outre-tombe.

Nous sommes ce que nous pensons, à la condition de penser avec force, volonté, persistance. Mais presque toujours nos pensées passent constamment d’un sujet à un autre. Nous pensons rarement par nous-mêmes, nous reflétons les mille pensées incohérentes du milieu où nous vivons. Peu d’hommes savent vivre de leur propre pensée, puiser aux sources profondes, à ce grand réservoir d’inspirations que chacun porte en soi, mais que la plupart ignorent. Aussi se font-ils une enveloppe peuplée des formes les plus disparates. Leur esprit est comme une demeure ouverte à tous les passants. Les rayons du bien et les ombres du mal s’y confondent en un perpétuel chaos. C’est l’incessant combat de la passion et du devoir, où, presque toujours, la passion l’emporte. Avant tout, il faut apprendre à contrôler nos pensées, à les discipliner, à leur imprimer une direction précise, un but noble et digne.

Le contrôle des pensées entraîne le contrôle des actes, car si les unes sont bonnes, les autres le seront également, et toute notre conduite se trouvera réglée par un enchaînement harmonique. Tandis que si nos actes sont bons et nos pensées mauvaises, il ne peut y avoir là qu’une fausse apparence du bien, et nous continuerons à porter en nous un foyer malfaisant, dont les influences se répandront tôt ou tard, fatalement, sur notre vie.

Parfois nous remarquons une contradiction frappante entre les pensées, les écrits et les actions de certains hommes, et nous sommes portés, par cette contradiction même, à douter de leur bonne foi, de leur sincérité. Ce n’est là souvent qu’une fausse interprétation de notre part. Les actes de ces hommes résultent de l’impulsion sourde des pensées et des forces qu’ils ont accumulées en eux dans le passé. Leurs aspirations présentes, plus élevées, leurs pensées, plus généreuses, seront réalisées en actes dans l’avenir. Ainsi tout s’accorde et s’explique, quand on considère les choses au point de vue élargi de l’évolution ; tandis que tout reste obscur, incompréhensible, contradictoire, avec la théorie d’une vie unique pour chacun de nous.

La parabole de la semence

Extrait de l’évangile selon le spiritisme -Allan Kardec – Chapitre XVII


5. Ce même jour, Jésus, étant sorti de la maison, s’assit auprès de la mer ; – et il s’assembla autour de lui une grande foule de peuple ; c’est pourquoi il monta sur une barque, où il s’assit, tout le peuple se tenant sur le rivage ; – et il leur dit beaucoup de choses en paraboles, leur parlant de cette sorte :

Celui qui sème s’en alla semer ; – et pendant qu’il semait, quelque partie de la semence tomba le long du chemin, et les oiseaux du ciel étant venus la mangèrent.

Une autre tomba dans des lieux pierreux où elle n’avait pas beaucoup de terre ; et elle leva aussitôt, parce que la terre où elle était n’avait pas de profondeur. – Mais le soleil s’étant levé ensuite, elle en fut brûlée ; et comme elle n’avait point de racine, elle sécha.

Une autre tomba dans des épines, et les épines venant à croître l’étouffèrent.

Une autre enfin tomba dans de bonne terre, et elle porta du fruit, quelques grains rendant cent pour un, d’autres soixante, et d’autres trente.

Que celui-là entende, qui a des oreilles pour entendre. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. de 1 à 9.)

Ecoutez donc, vous autres, la parabole de celui qui sème.

Quiconque écoute la parole du royaume et n’y fait point d’attention, l’esprit malin vient et enlève ce qui avait été semé dans son coeur ; c’est celui-là qui a reçu la semence le long du chemin.

Celui qui reçoit la semence au milieu des pierres, c’est celui qui écoute la parole, et qui la reçoit à l’heure même avec joie ; – mais il n’a point en soi de racine, et il n’est que pour un temps ; et lorsqu’il survient des traverses et des persécutions à cause de la parole, il en prend aussitôt un sujet de scandale et de chute.

Celui qui reçoit la semence parmi les épines, c’est celui qui entend la parole ; mais ensuite les sollicitudes de ce siècle et l’illusion des richesses étouffent en lui cette parole et la rendent infructueuse.

Mais celui qui reçoit la semence dans une bonne terre, c’est celui qui écoute la parole, qui y fait attention et qui porte du fruit, et rend cent, ou soixante, ou trente pour un. (Saint Matthieu, ch. XIII, v. de 18 à 23.)

6. La parabole de la semence représente parfaitement les nuances qui existent dans la manière de mettre à profit les enseignements de l’Evangile. Combien est-il de gens, en effet, pour lesquels ce n’est qu’une lettre morte qui, pareille à la semence tombée sur le roc, ne produit aucun fruit !

Elle trouve une application non moins juste dans les différentes catégories de spirites. N’est-elle pas l’emblème de ceux qui ne s’attachent qu’aux phénomènes matériels, et n’en tirent aucune conséquence, parce qu’ils n’y voient qu’un objet de curiosité ? de ceux qui ne cherchent que le brillant dans les communications des Esprits, et ne s’y intéressent qu’autant qu’elles satisfont leur imagination, mais qui, après les avoir entendues, sont aussi froids et indifférents qu’auparavant ? qui trouvent les conseils fort bons et les admirent, mais en font l’application aux autres et non à eux-mêmes ? de ceux, enfin, pour qui ces instructions sont comme la semence tombée dans la bonne terre, et produisent des fruits ?