La foi transporte des Montagnes

Extrait du chapitre 19 de l’Evangile selon le Spiritisme – Allan Kardec


6. Au point de vue religieux, la foi est la croyance dans les dogmes particuliers, qui constituent les différentes religions ; toutes les religions ont leurs articles de foi. Sous ce rapport, la foi peut être raisonnée ou aveugle. La foi aveugle n’examinant rien, accepte sans contrôle le faux comme le vrai, et se heurte à chaque pas contre l’évidence et la raison ; poussée à l’excès, elle produit le fanatisme. Quand la foi repose sur l’erreur, elle se brise tôt ou tard ; celle qui a pour base la vérité est seule assurée de l’avenir, parce qu’elle n’a rien à redouter du progrès des lumières, attendu que ce qui est vrai dans l’ombre, l’est également au grand jour. Chaque religion prétend être en possession exclusive de la vérité ; préconiser la foi aveugle sur un point de croyance, c’est avouer son impuissance à démontrer qu’on a raison.

7. On dit vulgairement que la foi ne se commande pas, de là beaucoup de gens disent que ce n’est pas leur faute s’ils n’ont pas la foi. Sans doute la foi ne se commande pas, et ce qui est encore plus juste : la foi ne s’impose pas. Non, elle ne se commande pas, mais elle s’acquiert, et il n’est personne à qui il soit refusé de la posséder, même parmi les plus réfractaires. Nous parlons des vérités spirituelles fondamentales, et non de telle ou telle croyance particulière. Ce n’est pas à la foi à aller à eux, c’est à eux à aller au-devant de la foi, et s’ils la cherchent avec sincérité, ils la trouveront. Tenez donc pour certain que ceux qui disent : « Nous ne demanderions pas mieux que de croire, mais nous ne le pouvons pas,» le disent des lèvres et non du cœur, car en disant cela ils se bouchent les oreilles. Les preuves cependant abondent autour d’eux ; pourquoi donc refusent-ils de les voir ? Chez les uns c’est insouciance ; chez d’autres la crainte d’être forcés de changer leurs habitudes ; chez la plupart c’est l’orgueil qui refuse de reconnaître une puissance supérieure, parce qu’il leur faudrait s’incliner devant elle.

Chez certaines personnes, la foi semble en quelque sorte innée ; une étincelle suffit pour la développer. Cette facilité à s’assimiler les vérités spirituelles est un signe évident de progrès antérieur ; chez d’autres, au contraire, elles ne pénètrent qu’avec difficulté, signe non moins évident d’une nature en retard. Les premières ont déjà cru et compris ; elles apportent en renaissant l’intuition de ce qu’elles ont su : leur éducation est faite ; les secondes ont tout à apprendre : leur éducation est à faire ; elle se fera, et si elle n’est pas terminée dans cette existence, elle le sera dans une autre.

La résistance de l’incrédule, il faut en convenir, tient souvent moins à lui qu’à la manière dont on lui présente les choses. A la foi il faut une base, et cette base c’est l’intelligence parfaite de ce que l’on doit croire ; pour croire il ne suffit pas de voir, il faut surtout comprendre. La foi aveugle n’est plus de ce siècle ; or, c’est précisément le dogme de la foi aveugle qui fait aujourd’hui le plus grand nombre des incrédules, parce qu’elle veut s’imposer, et qu’elle exige l’abdication d’une des plus précieuses prérogatives de l’homme : le raisonnement et le libre arbitre. C’est cette foi contre laquelle surtout se raidit l’incrédule, et dont il est vrai de dire qu’elle ne se commande pas ; n’admettant pas de preuves, elle laisse dans l’esprit un vague d’où naît le doute. La foi raisonnée, celle qui s’appuie sur les faits et la logique, ne laisse après elle aucune obscurité ; on croit, parce qu’on est certain, et l’on n’est certain que lorsqu’on a compris ; voilà pourquoi elle ne fléchit pas ; car il n’y a de foi inébranlable que celle qui peut regarder la raison face à face à tous les âges de lhumanité.

C’est à ce résultat que conduit le spiritisme, aussi triomphe-t-il de l’incrédulité toutes les fois qu’il ne rencontre pas d’opposition systématique et intéressée.

Le sommeil et les rêves

Nous trouvons dans le Livre des Esprits d’Allan Kardec de précieux enseignements sur l’émancipation de l’âme, le sommeil et les rêves.


400. L’Esprit incarné demeure-t-il volontiers sous son enveloppe corporelle ?

« C’est comme si tu demandais si le prisonnier se plaît sous les verrous. L’Esprit incarné aspire sans cesse à la délivrance, et plus l’enveloppe est grossière, plus il désire en être débarrassé. »

401. Pendant le sommeil, l’âme se repose-t-elle comme le corps ?

« Non, l’Esprit n’est jamais inactif. Pendant le sommeil, les liens qui l’unissent au corps sont relâchés, et le corps n’ayant pas besoin de lui, il parcourt l’espace, et entre en relation plus directe avec les autres Esprits. »

402. Comment pouvons-nous juger de la liberté de l’Esprit pendant le sommeil ?

« Par les rêves. Crois bien que lorsque le corps repose, l’Esprit a plus de facultés que dans la veille ; il a le souvenir du passé et quelquefois prévision de l’avenir ; il acquiert plus de puissance et peut entrer en communication avec les autres Esprits, soit dans ce monde, soit dans un autre. Souvent, tu dis : J’ai fait un rêve bizarre, un rêve affreux, mais qui n’a aucune vraisemblance ; tu te trompes ; c’est souvent un souvenir des lieux et des choses que tu as vus ou que tu verras dans une autre existence ou à un autre moment. Le corps étant engourdi, l’Esprit tâche de briser sa chaîne en cherchant dans le passé ou dans l’avenir.

Pauvres hommes, que vous connaissez peu les phénomènes les plus ordinaires de la vie ! Vous croyez être bien savants, et les choses les plus vulgaires vous embarrassent ; à cette question de tous les enfants : qu’est-ce que nous faisons quand nous dormons ? Qu’est-ce que c’est que les rêves ? Vous restez interdits.

Le sommeil délivre en partie l’âme du corps. Quand on dort, on est momentanément dans l’état où l’on se trouve d’une manière fixe après la mort. Les Esprits qui sont tôt dégagés de la matière à leur mort ont eu des sommeils intelligents ; ceux-là, quand ils dorment, rejoignent la société des autres êtres supérieurs à eux : ils voyagent, causent et s’instruisent avec eux ; ils travaillent même à des ouvrages qu’ils trouvent tout faits en mourant. Ceci doit vous apprendre une fois de plus à ne pas craindre la mort, puisque vous mourez tous les jours selon la parole d’un saint.

Voilà pour les Esprits élevés ; mais pour la masse des hommes qui, à la mort, doivent rester de longues heures dans ce trouble, dans cette incertitude dont ils vous ont parlé, ceux-là vont, soit dans des mondes inférieurs à la terre, où d’anciennes affections les rappellent, soit chercher des plaisirs peut-être encore plus bas que ceux qu’ils ont ici ; ils vont puiser des doctrines encore plus viles, plus ignobles, plus nuisibles que celles qu’ils professent au milieu de vous. Et ce qui engendre la sympathie sur la terre n’est pas autre chose que ce fait qu’on se sent, au réveil, rapproché par le coeur de ceux avec qui on vient de passer huit à neuf heures de bonheur ou de plaisir. Ce qui explique aussi ces antipathies invincibles, c’est qu’on sait au fond de son coeur que ces gens-là ont une autre conscience que la nôtre, parce qu’on les connaît sans les avoir jamais vus avec les yeux. C’est encore ce qui explique l’indifférence, puisqu’on ne tient pas à faire de nouveaux amis, lorsqu’on sait qu’on en a d’autres qui nous aiment et nous chérissent. En un mot, le sommeil influe plus que vous ne pensez sur votre vie.

Par l’effet du sommeil, les Esprits incarnés sont toujours en rapport avec le monde des Esprits, et c’est ce qui fait que les Esprits supérieurs consentent, sans trop de répulsion, à s’incarner parmi vous. Dieu a voulu que pendant leur contact avec le vice, ils pussent aller se retremper à la source du bien, pour ne pas faillir eux-mêmes, eux qui venaient instruire les autres. Le sommeil est la porte que Dieu leur a ouverte vers leurs amis du ciel ; c’est la récréation après le travail, en attendant la grande délivrance, la libération finale qui doit les rendre à leur vrai milieu.

Le rêve est le souvenir de ce que votre Esprit a vu pendant le sommeil ; mais remarquez que vous ne rêvez pas toujours, parce que vous ne vous souvenez pas toujours de ce que vous avez vu, ou de tout ce que vous avez vu. Ce n’est pas votre âme dans tout son développement ; ce n’est souvent que le souvenir du trouble qui accompagne votre départ ou votre rentrée, auquel se joint celui de ce que vous avez fait ou de ce qui vous préoccupe dans l’état de veille ; sans cela, comment expliqueriez-vous ces rêves absurdes que font les plus savants comme les plus simples ? Les mauvais Esprits se servent aussi des rêves pour tourmenter les âmes faibles et pusillanimes.

Au reste, vous verrez dans peu se développer une autre espèce de rêves ; elle est aussi ancienne que celle que vous connaissez, mais vous l’ignorez. Le rêve de Jeanne, le rêve de Jacob, le rêve des prophètes juifs et de quelques devins indiens : ce rêve-là est le souvenir de l’âme entièrement dégagée du corps, le souvenir de cette seconde vie dont je vous parlais tout à l’heure.

Cherchez bien à distinguer ces deux sortes de rêves dans ceux dont vous vous souviendrez ; sans cela vous tomberiez dans des contradictions et dans des erreurs qui seraient funestes à votre foi. »

Les rêves sont le produit de l’émancipation de l’âme rendue plus indépendante par la suspension de la vie active et de relation. De là une sorte de clairvoyance indéfinie qui s’étend aux lieux les plus éloignés ou que l’on n’a jamais vus, et quelquefois même à d’autres mondes. De là encore le souvenir qui retrace à la mémoire les événements accomplis dans l’existence présente ou dans les existences antérieures ; l’étrangeté des images de ce qui se passe ou s’est passé dans des mondes inconnus, entremêlées des choses du monde actuel, forment ces ensembles bizarres et confus qui semblent n’avoir ni sens ni liaison. L’incohérence des rêves s’explique encore par les lacunes que produit le souvenir incomplet de ce qui nous est apparu en songe. Tel serait un récit dont on aurait tronqué au hasard des phrases ou des parties de phrases : les fragments qui resteraient étant réunis perdraient toute signification raisonnable.

Théorie des Manifestations physiques (2/2)

Article 2/2 – Revue Spirite de Juin 1858


Nous prions nos lecteurs de vouloir bien se rapporter au premier article que nous avons publié sur ce sujet ; celui-ci, en étant la continuation, serait peu intelligible si l’on n’en avait pas le commencement présent à la pensée.

Les explications que nous avons données des manifestations physiques sont, comme nous l’avons dit, fondées sur l’observation et une déduction logique des faits : nous avons conclu d’après ce que nous vu. Maintenant comment s’opèrent, dans la matière éthérée, les modifications qui vont la rendre perceptible et tangible ? Nous allons d’abord laisser parler les Esprits que nous avons interrogés à ce sujet, nous y ajouterons nos propres remarques. Les réponses suivantes nous ont été données par l’Esprit de saint Louis ; elles concordent avec ce que d’autres nous avaient dit précédemment.

1. Comment un Esprit peut-il apparaître avec la solidité d’un corps vivant ? – Il combine une partie du fluide universel avec le fluide que dégage le médium propre à cet effet. Ce fluide revêt à sa volonté la forme qu’il désire, mais généralement cette forme est impalpable.

2. Quelle est la nature de ce fluide ? – R. Fluide, c’est tout dire.

3. Ce fluide est-il matériel ? – R. Semi-matériel.

4. Est-ce ce fluide qui compose le périsprit ? – R. Oui, c’est la liaison de l’Esprit à la matière.

5. Ce fluide est-il celui qui donne la vie, le principe vital ? – R. Toujours lui ; j’ai dit liaison.

6. Ce fluide est-il une émanation de la Divinité ? – R. Non.

7. Est-ce une création de la Divinité ? – R. Oui ; tout est créé, excepté Dieu lui-même.

8. Le fluide universel a-t-il quelque rapport avec le fluide électrique dont nous connaissons les effets ? – R. Oui, c’est son élément.

9. La substance éthérée qui se trouve entre les planètes est-elle le fluide universel dont il est question ? – R. Il entoure les mondes : sans le principe vital, nul ne vivrait. Si un homme s’élevait au-delà, de l’enveloppe fluidique qui environne les globes, il périrait, car le principe vital se retirerait de lui pour rejoindre la masse. Ce fluide vous anime, c’est lui que vous respirez.

10. Ce fluide est-il le même dans tous les globes ? – R. C’est le même principe, mais plus ou moins éthéré, selon la nature des globes ; le vôtre est un des plus matériels.

11. Puisque c’est ce fluide qui compose le périsprit, il paraît y être dans une sorte d’état de condensation qui le rapproche jusqu’à un certain point de la matière ? – R. Oui, jusqu’à un certain point, car il n’en a pas les propriétés ; il est plus ou moins condensé, selon les mondes.

12. Sont-ce les Esprits solidifiés qui enlèvent une table ? – R. Cette question n’amènera pas encore ce que vous désirez. Lorsqu’une table se meut sous vos mains, l’Esprit que votre Esprit évoque va puiser dans le fluide universel de quoi animer cette table d’une vie factice. Les Esprits qui produisent ces sortes d’effets sont toujours des Esprits inférieurs qui ne sont pas encore entièrement dégagés de leur fluide ou périsprit. La table étant ainsi préparée à leur gré (au gré des Esprits frappeurs), l’Esprit l’attire et la meut sous l’influence de son propre fluide dégagé par sa volonté. Lorsque la masse qu’il veut soulever ou mouvoir est trop pesante pour lui, il appelle à son aide des Esprits qui se trouvent dans les mêmes conditions que lui. Je crois m’être expliqué assez clairement pour me faire comprendre.

13. Les Esprits qu’il appelle à son aide lui sont-ils inférieurs ? – R. Egaux, presque toujours ; souvent ils viennent d’eux-mêmes.

14. Nous comprenons que les Esprits supérieurs ne s’occupent pas de choses qui sont au-dessous d’eux ; mais nous demandons si, en raison de ce qu’ils sont dématérialisés, ils auraient la puissance de le faire s’ils en avaient la volonté ? – R. Ils ont la force morale comme les autres ont la force physique ; quand ils ont besoin de cette force, ils se servent de ceux qui la possèdent. Ne vous a-t-on pas dit qu’ils se servent des Esprits inférieurs comme vous le faites de portefaix ?

15. D’où vient la puissance spéciale de M. Home ? – R. De son organisation.

16. Qu’a-t-elle de particulier ? – R. Cette question n’est pas précise.

17. Nous demandons s’il s’agit de son organisation physique ou morale ? – R. J’ai dit organisation.

18. Parmi les personnes présentes, en est-il qui puissent avoir la même faculté que M. Home ? – R. Elles l’ont à quelque degré. N’est-il pas un de vous qui ait fait mouvoir une table ?

19. Lorsqu’une personne fait mouvoir un objet, est-ce toujours par le concours d’un Esprit étranger, ou bien l’action peut-elle provenir du médium seul ? – R Quelque fois l’Esprit du médium peut agir seul, mais le plus souvent c’est avec l’aide des Esprits évoqués ; cela est facile à reconnaître.

20. Comment se fait-il que les Esprits apparaissent avec les vêtements qu’ils avaient sur la terre ? – R. Ils n’en ont souvent que l’apparence. D’ailleurs, que de phénomènes n’avez-vous pas parmi vous sans solution ! Comment se fait-il que le vent, qui est impalpable, renverse et brise l’arbre composé de matière solide ?

21. Qu’entendez-vous en disant que ces vêtements ne sont qu’une apparence ? – R. Au toucher on ne sent rien.

22. Si nous avons bien compris ce que vous nous avez dit, le principe vital réside dans le fluide universel ; l’Esprit puise dans ce fluide l’enveloppe semi-matérielle qui constitue son périsprit, et c’est par le moyen de ce fluide qu’il agit sur la matière inerte. Est-ce bien cela ? – R. Oui ; c’est-à-dire qu’il anime la matière d’une espèce de vie factice ; la matière s’anime de la vie animale. La table qui se meut sous vos mains vit et souffre comme l’animal ; elle obéit d’elle-même à l’être intelligent. Ce n’est pas lui qui la dirige comme l’homme fait d’un fardeau ; lorsque la table s’enlève, ce n’est pas l’Esprit qui la soulève, c’est la table animée qui obéit à l’Esprit intelligent.

23. Puisque le fluide universel est la source de la vie, est-il en même temps la source de l’intelligence ? – R. Non ; le fluide n’anime que la matière.

Cette théorie des manifestations physiques offre plusieurs points de contact avec celle que nous avons donnée, mais elle en diffère aussi sous certains rapports. De l’une et de l’autre il ressort ce point capital que le fluide universel, dans lequel réside le principe de la vie, est l’agent principal de ces manifestations, et que cet agent reçoit son impulsion de l’Esprit, que celui-ci soit incarné ou errant. Ce fluide condensé constitue le périsprit ou enveloppe semi-matérielle de l’esprit. Dans l’état d’incarnation, ce périsprit est uni à la matière du corps ; dans l’état d’erraticité, il est libre. Or, deux questions se présentent ici : celle de l’apparition des Esprits, et celle du mouvement imprimé aux corps solides.

A l’égard de la première, nous dirons que, dans l’état normal, la matière éthérée du périsprit échappe à la perception de nos organes ; l’âme seule peut la voir, soit en rêve, soit en somnambulisme, soit même dans le demi-sommeil, en un mot toutes les fois qu’il y a suspension totale ou partielle de l’activité des sens. Quand l’Esprit est incarné, la substance du périsprit est plus ou moins intimement liée à la matière du corps, plus ou moins adhérente, si l’on peut s’exprimer ainsi. Chez certaines personnes, il y a en quelque sorte émanation de ce fluide par suite de leur organisation, et c’est là, à proprement parler, ce qui constitue les médiums à influences physiques. Ce fluide émané du corps se combine, selon des lois qui nous sont inconnues, avec celui qui forme l’enveloppe semi-matérielle d’un Esprit étranger. Il en résulte une modification, une sorte de réaction moléculaire qui en change momentanément les propriétés, au point de le rendre visible, et dans quelques cas tangible. Cet effet peut se produire avec ou sans le concours de la volonté du médium ; c’est ce qui distingue les médiums naturels des médiums facultatifs. L’émission du fluide peut être plus ou moins abondante : de là les médiums plus ou moins puissants ; elle n’est point permanente, ce qui explique l’intermittence de la puissance. Si l’on tient compte enfin du degré d’affinité qui peut exister entre le fluide du médium et celui de tel ou tel Esprit, on concevra que son action peut s’exercer sur les uns et non sur les autres.

Ce que nous venons de dire s’applique évidemment aussi à la puissance médianimique concernant le mouvement des corps solides ; reste à savoir comment s’opère ce mouvement. Selon les réponses que nous avons rapportées ci-dessus, la question se présente sous un jour tout nouveau ; ainsi, quand un objet est mis en mouvement, enlevé ou lancé en l’air, ce ne serait point l’Esprit qui le saisit, le pousse ou le soulève, comme nous le ferions avec la main ; il le sature, pour ainsi dire, de son fluide par sa combinaison avec celui du médium, et l’objet, ainsi momentanément vivifié, agit comme le ferait un être vivant, avec cette différence que, n’ayant pas de volonté propre, il suit l’impulsion de la volonté de l’Esprit, et cette volonté peut être celle de l’Esprit du médium, tout aussi bien que celle d’un Esprit étranger, et quelquefois de tous les deux, agissant de concert, selon qu’ils sont ou non sympathiques. La sympathie ou l’antipathie qui peut exister entre le médium et les Esprits qui s’occupent de ces effets matériels explique pourquoi tous ne sont pas aptes à les provoquer.

Puisque le fluide vital, poussé en quelque sorte par l’Esprit, donne une vie factice et momentanée aux corps inertes, que le périsprit n’est autre chose que ce même fluide vital, il s’ensuit que lorsque l’Esprit est incarné, c’est lui qui donne la vie au corps, au moyen de son périsprit ; il y reste uni tant que l’organisation le permet ; quand il se retire, le corps meurt. Maintenant si, au lieu d’une table, on taille le bois en statue, et qu’on agisse sur cette statue comme sur une table, on aura une statue qui se remuera, qui frappera, qui répondra par ses mouvements et ses coups ; on aura, en un mot, une statue momentanément animée d’une vie artificielle. Quelle lumière cette théorie ne jette-t-elle pas sur une foule de phénomènes jusqu’alors inexpliqué ! que d’allégories et d’effets mystérieux n’explique-t-elle pas ! C’est toute une philosophie.

Théorie des manifestations physiques (1/2)

Article 1/2 – Revue spirite de mai 1858


L’influence morale des Esprits, les relations qu’ils peuvent avoir avec notre âme, ou l’Esprit incarné en nous, se conçoivent aisément. On comprend que deux êtres de même nature puissent se communiquer par la pensée, qui est un de leurs attributs, sans le secours des organes de la parole ; mais-ce dont il est plus difficile de se rendre compte, ce sont les effets matériels qu’ils peuvent produire, tels que les bruits, le mouvement des corps solides, les apparitions, et surtout les apparitions tangibles. Nous allons essayer d’en donner l’explication d’après les Esprits eux-mêmes, et d’après l’observation des faits.

L’idée que l’on se forme de la nature des Esprits rend au premier abord ces phénomènes incompréhensibles. L’Esprit, dit-on, c’est l’absence de toute matière, donc il ne peut agir matériellement ; or, là est l’erreur. Les Esprits interrogés sur la question de savoir s’ils sont immatériels, ont répondu ceci : « Immatériel n’est pas le mot, car l’Esprit est quelque chose, autrement ce serait le néant. C’est, si vous le voulez, de la matière, mais une matière tellement éthérée, que c’est pour vous comme si elle n’existait pas. » Ainsi l’Esprit n’est pas, comme quelques-uns le croient, une abstraction, c’est un être, mais dont la nature intime échappe à nos sens grossiers.

Cet Esprit incarné dans le corps constitue l’âme ; lorsqu’il le quitte à la mort, il n’en sort pas dépouillé de toute enveloppe. Tous nous disent qu’ils conservent la forme qu’ils avaient de leur vivant, et, en effet, lorsqu’ils nous apparaissent, c’est généralement sous celle que nous leur connaissions.

Observons-les attentivement au moment où ils viennent de quitter la vie ; ils sont dans un état de trouble ; tout est confus autour d’eux ; ils voient leur corps sain ou mutilé, selon leur genre de mort ; d’un autre côté ils se voient et se sentent vivre ; quelque chose leur dit que ce corps est à eux, et ils ne comprennent pas qu’ils en soient séparés : le lien qui les unissait n’est donc pas encore tout à fait rompu.

Ce premier moment de trouble dissipé, le corps devient pour eux un vieux vêtement dont ils se sont dépouillés et qu’ils ne regrettent pas, mais ils continuent à se voir sous leur forme primitive ; or ceci n’est point un système : c’est le résultat d’observations faites sur d’innombrables sujets. Qu’on veuille bien maintenant se reporter à ce que nous avons raconté de certaines manifestations produites par M. Home et autres médiums de ce genre : des mains apparaissent, qui ont toutes les propriétés de mains vivantes, que l’on touche, qui vous saisissent, et qui tout à coup s’évanouissent. Que devons-nous en conclure ? c’est que l’âme ne laisse pas tout dans le cercueil et qu’elle emporte quelque chose avec elle.

Il y aurait ainsi en nous deux sortes de matière : l’une grossière, qui constitue l’enveloppe extérieure, l’autre subtile et indestructible. La mort est la destruction, ou mieux la désagrégation de la première, de celle que l’âme abandonne ; l’autre se dégage et suit l’âme qui se trouve, de cette manière, avoir toujours une enveloppe ; c’est celle que nous nommons périsprit. Cette matière subtile, extraite pour ainsi dire de toutes les parties du corps auquel elle était liée pendant la vie, en conserve l’empreinte ; or voilà pourquoi les Esprits se voient et pourquoi ils nous apparaissent tels qu’ils étaient de leur vivant. Mais cette matière subtile n’a point la ténacité ni la rigidité de la matière compacte du corps ; elle est, si nous pouvons nous exprimer ainsi, flexible et expansible ; c’est pourquoi la forme qu’elle prend, bien que calquée sur celle du corps, n’est pas absolue ; elle se plie à la volonté de l’Esprit, qui peut lui donner telle ou telle apparence à son gré, tandis que l’enveloppe solide lui offrait une résistance insurmontable ; débarrassé de cette entrave qui le comprimait, le périsprit s’étend ou se resserre, se transforme, en un mot se prête à toutes les métamorphoses, selon la volonté qui agit sur lui.

L’observation prouve, et nous insistons sur ce mot observation, car toute notre théorie est la conséquence de faits étudiés, que la matière subtile qui constitue la seconde enveloppe de l’Esprit ne se dégage que peu à peu, et non point instantanément du corps. Ainsi les liens qui unissent l’âme et le corps ne sont point subitement rompus par la mort ; or, l’état de trouble que nous avons remarqué dure pendant tout le temps que s’opère le dégagement ; l’Esprit ne recouvre l’entière liberté de ses facultés et la conscience nette de lui-même que lorsque ce dégagement est complet.

L’expérience prouve encore que la durée de ce dégagement varie selon les individus. Chez quelques-uns il s’opère en trois ou quatre jours, tandis que chez d’autres il n’est pas entièrement accompli au bout de plusieurs mois. Ainsi la destruction du corps, la décomposition putride ne suffisent pas pour opérer la séparation ; c’est pourquoi certains Esprits disent : Je sens les vers qui me rongent.

Chez quelques personnes la séparation commence avant la mort ; ce sont celles qui, de leur vivant, se sont élevées par la pensée et la pureté de leurs sentiments au-dessus des choses matérielles ; la mort ne trouve plus que de faibles liens entre l’âme et le corps, et ces liens se rompent presque instantanément. Plus l’homme a vécu matériellement, plus il a absorbé ses pensées dans les jouissances et les préoccupations de la personnalité, plus ces liens sont tenaces ; il semble que la matière subtile se soit identifiée avec la matière compacte, qu’il y ait entre elles cohésion moléculaire ; voilà pourquoi elles ne se séparent que lentement et difficilement.

Dans les premiers instants qui suivent la mort, alors qu’il y a encore union entre le corps et le périsprit, celui-ci conserve bien mieux l’empreinte de la forme corporelle, dont il reflète pour ainsi dire toutes les nuances, et même tous les accidents. Voilà pourquoi un supplicié nous disait peu de jours après son exécution : Si vous pouviez me voir, vous me verriez avec la tête séparée du tronc. Un homme qui était mort assassiné nous disait : Voyez la plaie que l’on m’a faite au coeur. Il croyait que nous pouvions le voir.

Ces considérations nous conduiraient à examiner l’intéressante question de la sensation des Esprits et de leurs souffrances ; nous le ferons dans un autre article, voulant nous renfermer ici dans l’étude des manifestations physiques.

Représentons-nous donc l’Esprit revêtu de son enveloppe semi-matérielle ou périsprit, ayant la forme ou apparence qu’il avait de son vivant. Quelques-uns même se servent de cette expression pour se désigner ; ils disent : Mon apparence est à tel endroit. Ce sont évidemment là les mânes des Anciens. La matière de cette enveloppe est assez subtile pour échapper à notre vue dans son état normal ; mais elle n’est pas pour cela absolument invisible. Nous la voyons d’abord, par les yeux de l’âme, dans les visions qui se produisent pendant les rêves ; mais ce n’est pas ce dont nous avons à nous occuper. Il peut arriver dans cette matière éthérée telle modification, l’Esprit lui-même peut lui faire subir une sorte de condensation qui la rende perceptible aux yeux du corps ; c’est ce qui a eu lieu dans les apparitions vaporeuses. La subtilité de cette matière lui permet de traverser les corps solides ; voilà pourquoi ces apparitions ne rencontrent pas d’obstacles, et pourquoi elles s’évanouissent souvent à travers les murailles.

La condensation peut arriver au point de produire la résistance et la tangibilité ; c’est le cas des mains que l’on voit et que l’on touche ; mais cette condensation (c’est le seul mot dont nous puissions nous servir pour rendre notre pensée, quoique l’expression ne soit pas parfaitement exacte), cette condensation, disons-nous, ou mieux cette solidification de la matière éthérée, n’étant pas son état normal, n’est que temporaire ou accidentelle ; voilà pourquoi ces apparitions tangibles, à un moment donné, vous échappent comme une ombre. Ainsi, de même que nous voyons un corps se présenter à nous à l’état solide, liquide ou gazeux, selon son gré de condensation, de même la matière éthérée du périsprit peut se présenter à nous à l’état solide, vaporeux visible ou vaporeux invisible. Nous verrons tout à l’heure comment s’opère cette modification.

La main apparente tangible offre une résistance ; elle exerce une pression ; elle laisse des empreintes ; elle opère une traction sur les objets que nous tenons ; il y a donc en elle de la force. Or, ces faits, qui ne sont point des hypothèses, peuvent nous mettre sur la voie des manifestations physiques.

Remarquons d’abord que cette main obéit à une intelligence, puisqu’elle agit spontanément, qu’elle donne des signes non équivoques de volonté, et qu’elle obéit à la pensée ; elle appartient donc à un être complet qui ne nous montre que cette partie de lui-même, et ce qui le prouve, c’est qu’il fait impression avec des parties invisibles, que des dents ont laissé des empreintes sur la peau et ont fait éprouver de la douleur.

Parmi les différentes manifestations, une des plus intéressantes est sans contredit celle du jeu spontané des instruments de musique. Les pianos et les accordéons paraissent être, à cet effet, les instruments de prédilection. Ce phénomène s’explique tout naturellement par ce qui précède. La main qui a la force de saisir un objet peut bien avoir celle d’appuyer sur des touches et de les faire résonner ; d’ailleurs on a vu plusieurs fois les doigts de la main en actions et quand on ne voit pas la main, on voit les touches s’agiter et le soufflet s’ouvrir et se fermer. Ces touches ne peuvent être mues que par une main invisible, laquelle fait preuve d’intelligence en faisant entendre, non des sons incohérents, mais des airs parfaitement rythmés.

Puisque cette main peut nous enfoncer ses ongles dans la chair, nous pincer, nous arracher ce qui est à nos doigts ; puisque nous la voyons saisir et emporter un objet comme nous le ferions nous-mêmes, elle peut tout aussi bien frapper des coups, soulever et renverser une table, agiter une sonnette, tirer des rideaux, voire même donner un soufflet occulte.

On demandera sans doute comment cette main peut avoir la même force à l’état vaporeux invisible qu’à l’état tangible. Et pourquoi non ? Voyons-nous l’air qui renverse les édifices, le gaz qui lance un projectile, l’électricité qui transmet des signaux, le fluide de l’aimant qui soulève des masses ? Pourquoi la matière éthérée du périsprit serait-elle moins puissante ? Mais n’allons pas vouloir la soumettre à nos expériences de laboratoire et à nos formules algébriques ; n’allons pas surtout, parce que nous avons pris des gaz pour terme de comparaison, lui supposer des propriétés identiques et supputer ses forces comme nous calculons celle de la vapeur. Jusqu’à présent elle échappe à tous nos instruments ; c’est un nouvel ordre d’idées qui n’est pas du ressort des sciences exactes ; voilà pourquoi ces sciences ne donnent pas d’aptitude spéciale pour les apprécier.

Nous ne donnons cette théorie du mouvement des corps solides sous l’influence des Esprits que pour montrer la question sous toutes ses faces et prouver que, sans trop sortir des idées reçues, on peut se rendre compte de l’action des Esprits sur la matière inerte ; mais il en est une autre, d’une haute portée philosophique, donnée par les Esprits eux-mêmes, et qui jette sur cette question un jour entièrement nouveau ; on la comprendra mieux après avoir lu celle-ci ; il est utile d’ailleurs de connaître tous les systèmes afin de pouvoir comparer.

Reste donc maintenant à expliquer comment s’opère cette modification de substance éthérée du périsprit ; par quel procédé l’Esprit opère, et, comme conséquence, le rôle des médiums à influence physique dans la production de ces phénomènes ; ce qui se passe en eux dans cette circonstance, la cause et la nature de leur faculté, etc. C’est ce que nous ferons dans un prochain article.

L’homme, dans ses différentes incarnations, conserve-t-il des traces du caractère physique des existences antérieures ?

Question 217 du Livre des Esprits – Allan Kerdec


« Le corps est détruit et le nouveau n’a aucun rapport avec l’ancien. Cependant, l’Esprit se reflète sur le corps ; certes, le corps n’est que matière, mais malgré cela il est modelé sur les capacités de l’Esprit qui lui imprime un certain caractère, principalement sur la figure, et c’est avec vérité qu’on a désigné les yeux comme le miroir de l’âme ; c’est-à-dire que la figure, plus particulièrement, reflète l’âme ; car telle personne excessivement laide a pourtant quelque chose qui plaît quand elle est l’enveloppe d’un Esprit bon, sage, humain, tandis qu’il y a des figures très belles qui ne te font rien éprouver, pour lesquelles même tu as de la répulsion. Tu pourrais croire qu’il n’y a que les corps bien faits qui soient l’enveloppe des Esprits les plus parfaits, tandis que tu rencontres tous les jours des hommes de bien sous des dehors difformes. Sans avoir une ressemblance prononcée, la similitude des goûts et des penchants peut donc donner ce qu’on appelle un air de famille. »

Le corps que revêt l’âme dans une nouvelle incarnation n’ayant aucun rapport nécessaire avec celui qu’elle a quitté, puisqu’elle peut le tenir d’une tout autre souche, il serait absurde de conclure une succession d’existences d’une ressemblance qui n’est que fortuite. Cependant les qualités de l’Esprit modifient souvent les organes qui servent à leurs manifestations et impriment sur la figure, et même à l’ensemble des manières, un cachet distinct. C’est ainsi que sous l’enveloppe la plus humble, on peut trouver l’expression de la grandeur et de la dignité, tandis que sous l’habit du grand seigneur on voit quelquefois celle de la bassesse et de l’ignominie. Certaines personnes sorties de la position la plus infime prennent sans efforts les habitudes et les manières du grand monde. Il semble qu’elles y retrouvent leur élément, tandis que d’autres, malgré leur naissance et leur éducation, y sont toujours déplacées. Comment expliquer ce fait autrement que comme un reflet de ce qu’a été l’Esprit ?

Le regard spirite sur la pandémie de choléra en 1865

Cet article est extrait de la Revue Spirite de novembre 1865. Il est constitué d’un texte d’Allan Kardec et de deux communications du Dr Demeure (auteur spirituel) au sujet de la pandémie de choléra et des accusations portées contre le Spiritisme. Nous y trouvons de nombreuses leçons toujours actuelles en cette période de pandémie de coronavirus.


Le Spiritisme et le choléra

On sait de quelles accusations les premiers chrétiens étaient chargés à Rome ; il n’y avait pas de crimes dont ils ne fussent capables, pas de malheurs publics dont, au dire de leurs ennemis, ils ne fussent les auteurs volontaires ou la cause involontaire, car leur influence était pernicieuse. Dans quelques siècles d’ici on aura peine à croire que des esprits forts du dix-neuvième siècle aient tenté de ressusciter ces idées à l’égard des Spirites, en les déclarant auteurs de tous les troubles de la société, comparant leur doctrine à la peste, et en engageant à leur courir sus. Ceci est de l’histoire imprimée ; ces paroles sont tombées de plus d’une chaire évangélique ; mais ce qui est plus surprenant, c’est qu’on les trouve dans des journaux qui disent parler au nom de la raison, et se posent en champions de toutes les libertés, et de la liberté de conscience en particulier. Nous possédons déjà une assez curieuse collection des aménités de ce genre que nous nous proposons de réunir plus tard en un volume pour la plus grande gloire de leurs auteurs, et l’édification de la postérité. Nous serons donc reconnaissant à ceux qui voudront nous aider à enrichir cette collection en nous envoyant tout ce qui, à leur connaissance, a paru ou paraîtra sur ce sujet. En comparant ces documents de l’histoire du Spiritisme avec ceux de l’histoire des premiers siècles de l’Église, on sera surpris d’y trouver des pensées et des expressions identiques ; il n’y manque qu’une chose : les bêtes féroces du cirque, ce qui néanmoins est un progrès.

Le Spiritisme étant donc une peste éminemment contagieuse, puisque, de l’aveu de ses adversaires, il envahit avec une effrayante rapidité toutes les classes de la société, il a une certaine analogie avec le choléra ; aussi dans cette dernière levée de boucliers, certains critiques l’ont-ils facétieusement appelé le Spirito-morbus, et il n’y aurait rien de surprenant à ce qu’on ne l’accusât aussi d’avoir importé ce fléau ; car il est à remarquer que deux camps diamétralement opposés se donnent la main pour le combattre. Dans l’un, nous a-t-on assuré, on a fait frapper une médaille à l’effigie de saint Benoît qu’il suffit de porter pour se préserver de la contagion spirite ; on ne dit pas que ce moyen guérit ceux qui en sont atteints.

Il y a bien réellement une analogie entre le Spiritisme et le choléra, c’est la peur que l’un et l’autre causent à certaines gens ; mais considérons la chose à un point de vue plus sérieux ; voici ce qu’on nous écrit de Constantinople :

« … Les journaux vous ont appris la rigueur avec laquelle le terrible fléau vient de sévir dans notre cité et ses environs, tout en atténuant ses ravages. Quelques personnes, se disant bien informées, portent le nombre des cholériques décédés à 70 mille, et d’autres à près de cent mille. Toujours est-il que nous avons été rudement éprouvés, et vous pouvez vous figurer les douleurs et le deuil général de nos populations. C’est surtout dans ces tristes moments d’épidémie épouvantable que la foi et la croyance spirites donnent du courage ; nous venons tous d’en faire la plus véridique épreuve. Qui sait si nous ne devons pas à ce calme de l’âme, à cette persuasion de l’immortalité à cette certitude d’existences successives où les êtres sont récompensés selon leur mérite et leur degré d’avancement ; qui sait, dis-je, si ce n’est pas à ces croyances, bases de notre belle doctrine, que nous tous, Spirites de Constantinople, qui sommes, vous le savez, assez nombreux, devons d’avoir été préservés du fléau qui s’est promené, et se promène encore autour de nous ! Je dis ceci d’autant plus qu’il a été constaté, ici comme ailleurs, que la peur est le pré-dispositif le plus dangereux du choléra, comme l’ignorance en devient malheureusement la source contagieuse…

Repos jeune, avocat. »

Assurément il serait absurde de croire que la foi spirite soit un brevet de garantie contre le choléra ; mais comme il est scientifiquement reconnu que la peur, affaiblissant à la fois le moral et le physique, rend plus impressionnable et plus susceptible de recevoir les atteintes des maladies contagieuses, il est évident que toute cause tendant à fortifier le moral est un préservatif. On le comprend si bien aujourd’hui qu’on évite autant que possible, soit dans les comptes rendus, soit dans les dispositions matérielles, ce qui peut frapper l’imagination par un aspect lugubre.

Les Spirites peuvent sans doute mourir du choléra comme tout le monde, parce que leur corps n’est pas plus immortel que celui des autres, et que, lorsque l’heure est venue, il faut partir, que ce soit par cette cause ou par une autre ; le choléra est une de ces causes qui n’a de particulier que d’emmener un plus grand nombre de personnes à la fois, ce qui produit plus de sensation ; on part en masses, au lieu de partir en détail, voilà toute la différence. Mais la certitude qu’ils ont de l’avenir, et surtout la connaissance qu’ils ont de cet avenir, qui répond à toutes leurs aspirations et satisfait la raison, font qu’ils ne regrettent nullement la terre où ils se considèrent comme passagèrement en exil. Tandis qu’en présence de la mort, l’incrédule ne voit que le néant, ou se demande ce qu’il va en être de lui, le Spirite sait que, s’il meurt, il ne sera que dépouillé d’une enveloppe matérielle sujette aux souffrances et aux vicissitudes de la vie, mais qu’il sera toujours lui avec un corps éthéré inaccessible à la douleur ; qu’il jouira de perceptions nouvelles et de facultés plus grandes ; qu’il va retrouver ceux qu’il a aimés et qui l’attendent au seuil de la véritable vie, de la vie impérissable. Quant aux biens matériels, il sait qu’il n’en aura plus besoin et que les jouissances qu’ils procurent seront remplacées par des jouissances plus pures et plus enviables, qui ne laissent après elles ni amertume ni regrets. Il les abandonne donc sans peine et avec joie, et plaint ceux qui, restant après lui sur la terre, vont encore en avoir besoin. Il est comme celui qui, devenant riche, laisse ses vieilles défroques aux malheureux. Aussi dit-il à ses amis en les quittant : ne me plaignez pas ; ne pleurez pas ma mort ; félicitez-moi plutôt d’être délivré du souci de la vie, et d’entrer dans le monde radieux où je vais vous attendre.

Quiconque aura lu et médité notre ouvrage, le Ciel et l’enfer selon le Spiritisme, et surtout le chapitre sur les appréhensions de la mort, comprendra la force morale que les Spirites puisent dans leur croyance, en présence du fléau qui décime les populations.

S’en suit-il qu’ils vont négliger les précautions nécessaires en pareil cas, et se jeter tête baissée dans le danger ? Nullement : ils prendront toutes celles que commandent la prudence et une hygiène rationnelle, parce qu’ils ne sont point fatalistes, et que, s’ils ne craignent pas la mort, ils savent qu’ils ne doivent point la chercher. Or, négliger les mesures sanitaires qui peuvent en préserver serait un véritable suicide dont ils connaissent trop bien les conséquences pour s’y exposer. Ils considèrent comme un devoir de veiller à la santé du corps, parce que la santé est nécessaire pour l’accomplissement des devoirs sociaux. S’ils cherchent à prolonger la vie corporelle, ce n’est pas par attachement pour la terre, mais afin d’avoir plus de temps pour progresser, s’améliorer, s’épurer, dépouiller le vieil homme et acquérir une plus grande somme de mérites pour la vie spirituelle. Mais si, malgré tous les soins, ils doivent succomber, ils en prennent leur parti sans se plaindre, sachant que tout progrès porte ses fruits, que rien de ce que l’on acquiert en moralité et en intelligence n’est perdu, et que s’ils n’ont pas démérité aux yeux de Dieu, ils seront toujours mieux dans l’autre monde que dans celui-ci, alors même qu’ils n’y auraient pas la première place ; ils se disent simplement : Nous allons un peu plus tôt où nous serions allés un peu plus tard.

Croit-on qu’avec de telles pensées on ne soit pas dans les meilleures conditions de tranquillité d’esprit recommandées par la science ? Pour l’incrédule ou le douteux, la mort a toutes ses terreurs, car il perd tout et n’attend rien. Que peut dire un médecin matérialiste pour calmer chez les malades la peur de mourir ? Rien que ce que disait un jour l’un d’eux à un pauvre diable qui tremblait au seul mot de choléra : « Bah ! tant qu’on n’est pas mort il y a espoir ; puis, en définitive, on ne meurt qu’une fois, et c’est bientôt passé ; quand on est mort, tout est fini ; on ne souffre plus. » Tout est fini quand on est mort, voilà la suprême consolation qu’il donne.

Le médecin spirite, au contraire, dit à celui qui voit la mort devant lui : « Mon ami, je vais employer toutes les ressources de la science pour vous rendre la santé et vous conserver le plus longtemps possible ; nous réussirons, j’en ai l’espoir ; mais la vie de l’homme est entre les mains de Dieu, qui nous rappelle quand notre temps d’épreuve ici-bas est fini ; si l’heure de votre délivrance est arrivée, réjouissez-vous, comme le prisonnier qui va sortir de sa prison. La mort nous débarrasse du corps qui nous fait souffrir, et nous rend à la véritable vie, vie exempte de troubles et de misères. Si vous devez partir, ne pensez pas que vous soyez perdu pour vos parents et vos amis qui restent après vous ; non, vous n’en serez pas moins au milieu d’eux ; vous les verrez et vous les entendrez mieux que vous ne pouvez le faire en ce moment ; vous les conseillerez, les dirigerez, les inspirerez pour leur bien. Si donc il plaît à Dieu de vous rappeler à lui, remerciez-le de ce qu’il vous rend la liberté ; s’il prolonge votre séjour ici, remerciez-le encore de vous donner le temps d’achever votre tâche. Dans l’incertitude, soumettez-vous sans murmure à sa sainte volonté. »

De telles paroles ne sont-elles pas propres à ramener la sérénité dans l’âme, et cette sérénité ne seconde-t-elle pas l’efficacité des remèdes, tandis que la perspective du néant plonge le moribond dans l’anxiété du désespoir ?

Outre cette influence morale, le Spiritisme en a une plus matérielle. On sait que les excès de tous genres sont une des causes qui prédisposent le plus aux atteintes de l’épidémie régnante ; aussi les médecins recommandent-ils la sobriété en toutes choses, prescription salutaire, à laquelle bien des gens ont de la peine à se soumettre. En admettant qu’ils le fassent, c’est sans doute un point important, mais croit-on qu’une abstention momentanée puisse réparer instantanément les désordres organiques causés par des abus invétérés, dégénérés en habitude, qui ont usé le corps et l’ont, par cela même, rendu accessible aux miasmes délétères ? En dehors du choléra, ne sait-on pas combien l’habitude de l’intempérance est pernicieuse dans les climats torrides, et dans ceux où la fièvre jaune est endémique ? Eh bien ! le Spirite, par suite de ses croyances et de la manière dont il envisage le but de la vie présente et le résultat de la vie future, modifie profondément ses habitudes ; au lieu de vivre pour manger, il mange pour vivre ; il ne fait aucun excès ; il ne vit point en cénobite : aussi use-t-il de tout, mais n’abuse de rien. Ce doit être assurément là une considération prépondérante à ajouter à celle que fait valoir notre correspondant de Constantinople.

Voilà donc un des résultats de cette doctrine, à laquelle l’incrédulité jette l’injure et le sarcasme ; qu’elle bafoue, taxe de folie, et qui, selon elle, apporte la perturbation dans la société. Gardez votre incrédulité, si elle vous plaît, mais respectez une croyance qui rend heureux et meilleurs ceux qui la possèdent. Si c’est une folie de croire que tout ne finit pas pour nous avec la vie, qu’après la mort, nous vivons d’une vie meilleure, exempte de soucis ; que nous revenons au milieu de ceux que nous aimons ; ou encore de croire qu’après la mort nous ne sommes ni plongés dans les flammes éternelles, sans espoir d’en sortir, ce qui ne vaudrait guère mieux que le néant, ni perdus dans l’oisive et béate contemplation de l’infini, plût à Dieu que tous les hommes fussent fous de cette manière ; il y aurait parmi eux bien moins de crimes et de suicides.

De nombreuses communications ont été données sur le choléra ; plusieurs l’ont été à la Société de Paris ou dans notre cercle intime ; nous n’en reproduisons que deux, fondues en une seule, pour éviter les répétitions, et qui résument la pensée dominante du plus grand nombre.

Société de Paris. – Médiums, MM. Desliens et Morin

Puisque le choléra est une question d’actualité, et que chacun apporte son remède pour repousser le terrible fléau, je me permettrai, si vous le voulez bien, de donner également mon avis, bien qu’il me paraisse peu probable que vous ayez à en craindre les atteintes d’une manière cruelle. Cependant, comme il est bon qu’à l’occasion les moyens ne fassent pas défaut, je mets mon peu de lumière à votre disposition.

Cette affection, quoi qu’on en dise, n’est pas immédiatement contagieuse, et ceux qui se trouvent dans un endroit où elle sévit ne doivent pas craindre de donner leurs soins aux malades.

Il n’existe pas de remède universel contre cette maladie, soit préventif, soit curatif, attendu que le mal se complique d’une foule de circonstances qui tiennent, soit au tempérament des individus, soit à leur état moral et à leurs habitudes, soit aux conditions climatériques, ce qui fait que tel remède réussit dans certains cas et non dans d’autres. On peut dire qu’à chaque période d’invasion et selon les localités, le mal doit faire l’objet d’une étude spéciale, et requiert une médication différente. C’est ainsi, par exemple, que la glace, la thériaque, etc., qui ont pu guérir des cas nombreux dans les choléras de 1832, de 1849, et dans certaines contrées, pourraient ne donner que des résultats négatifs à d’autres époques et dans d’autres pays. Il y a donc une foule de remèdes bons, et pas un qui soit spécifique. C’est cette diversité dans les résultats qui a dérouté et déroutera longtemps encore la science, et qui fait que nous-mêmes ne pouvons donner de remède applicable à tout le monde, parce que la nature du mal ne le comporte pas. Il y a cependant des règles générales, fruits de l’observation, et dont il importe de ne pas s’écarter.

Le meilleur préservatif consiste dans les précautions de l’hygiène sagement recommandées dans toutes les instructions données à cet effet ; ce sont par-dessus tout la propreté, l’éloignement de toute cause d’insalubrité et des foyers d’infection, l’abstention de tout excès. Avec cela il faut éviter de changer ses habitudes alimentaires, si ce n’est pour en retrancher les choses débilitantes. Il faut également éviter les refroidissements, les transitions brusques de température, et s’abstenir, à moins de nécessité absolue, de toute médication violente pouvant apporter un trouble dans l’économie.

La peur, vous le savez, est souvent en pareil cas pire que le mal ; le sang-froid ne se commande pas, malheureusement, mais vous, Spirites, vous n’avez besoin d’aucun conseil sur ce point ; vous regardez la mort sans sourciller, et avec le calme que donne la foi.

En cas d’attaque, il importe de ne pas négliger les premiers symptômes. La chaleur, la diète, une transpiration abondante, les frictions, l’eau de riz dans laquelle on a mis quelques gouttes de laudanum, sont des médicaments peu coûteux et dont l’action est très efficace, si l’énergie morale et le sang-froid viennent s’y joindre. Comme il est souvent difficile de se procurer du laudanum en l’absence d’un médecin, on peut y suppléer, en cas d’urgence, par toute autre composition calmante, et en particulier par le suc de laitue, mais employé à faible dose. On peut d’ailleurs faire bouillir simplement quelques feuilles de laitue dans l’eau de riz.

La confiance en soi et en Dieu est, en pareille circonstance, le premier élément de la santé.

Maintenant que votre santé matérielle est mise à l’abri du danger, permettez-moi de songer à votre tempérament spirituel, auquel une épidémie d’un autre genre semble vouloir s’attaquer. Ne craignez rien de ce côté ; le mal ne saurait atteindre que les êtres à qui la vie vraiment spirituelle fait défaut, et déjà morts sur la tige. Tous ceux qui se sont voués sans retour et sans arrière-pensée à la doctrine y puiseront au contraire de nouvelles forces, pour faire fructifier les enseignements que nous nous faisons un devoir de vous transmettre. La persécution, quelle qu’elle soit, est toujours utile ; elle met au jour les cœurs solides, et si elle détache du tronc principal quelques branches mal attachées, les jeunes rejetons, mûris par les luttes dans lesquelles ils triompheront en suivant nos avis, deviendront des hommes sérieux et réfléchis. Ainsi donc bon courage ; marchez sans crainte dans la voie qui vous est tracée, et comptez sur celui qui ne vous fera jamais défaut dans la mesure de ses forces.

Docteur Demeure.

Connaissance de soi-même

Le blog du Phare, groupe spirite à Petit-Quevilly (agglomération de Rouen).


Question numéro 919 du Livre des Esprits : Quel est le moyen pratique le plus efficace pour s’améliorer en cette vie et résister à l’entraînement du mal ?

« Un sage de l’antiquité vous l’a dit : Connais-toi toi-même. »

– Nous concevons toute la sagesse de cette maxime, mais la difficulté est précisément de se connaître soi-même ; quel est le moyen d’y parvenir ?

« Faites ce que je faisais moi-même de mon vivant sur la terre : à la fin de la journée, j’interrogeais ma conscience, je passais en revue ce que j’avais fait et me demandais si je n’avais pas manqué à quelque devoir ; si personne n’avait eu à se plaindre de moi. C’est ainsi que j’étais parvenu à me connaître et à voir ce qu’il y avait à réformer en moi. Celui qui, chaque soir, rappellerait toutes ses actions de la journée et se demanderait ce qu’il a fait de bien ou de mal, priant Dieu et son ange gardien de l’éclairer, acquerrait une grande force pour se perfectionner, car croyez-moi, Dieu l’assistera. Posez-vous donc des questions, et demandez-vous ce que vous avez fait et dans quel but vous avez agi en telle circonstance ; si vous avez fait quelque chose que vous blâmeriez de la part d’autrui ; si vous avez fait une action que vous n’oseriez avouer. Demandez-vous encore ceci : S’il plaisait à Dieu de me rappeler en ce moment, aurais-je, en rentrant dans le monde des Esprits où rien n’est caché, à redouter la vue de quelqu’un ? Examinez ce que vous pouvez avoir fait contre Dieu, puis contre votre prochain, et enfin contre vous-même. Les réponses seront un repos pour votre conscience, ou l’indication d’un mal qu’il faut guérir.

La connaissance de soi-même est donc la clef de l’amélioration individuelle ; mais, direz-vous, comment se juger ? N’a-t-on pas l’illusion de l’amour-propre qui amoindrit les fautes et les fait excuser ? L’avare se croit simplement économe et prévoyant ; l’orgueilleux croit n’avoir que de la dignité. Cela n’est que trop vrai, mais vous avez un moyen de contrôle qui ne peut vous tromper. Quand vous êtes indécis sur la valeur d’une de vos actions, demandez-vous comment vous la qualifieriez si elle était le fait d’une autre personne ; si vous la blâmez en autrui, elle ne saurait être plus légitime en vous, car Dieu n’a pas deux mesures pour la justice. Cherchez aussi à savoir ce qu’en pensent les autres, et ne négligez pas l’opinion de vos ennemis, car ceux-là n’ont aucun intérêt à farder la vérité, et souvent Dieu les place à côté de vous comme un miroir pour vous avertir avec plus de franchise que ne le ferait un ami. Que celui qui a la volonté sérieuse de s’améliorer explore donc sa conscience afin d’en arracher les mauvais penchants, comme il arrache les mauvaises herbes de son jardin ; qu’il fasse la balance de sa journée morale, comme le marchand fait celle de ses pertes et bénéfices, et je vous assure que l’une lui rapportera plus que l’autre. S’il peut se dire que sa journée a été bonne, il peut dormir en paix et attendre sans crainte le réveil d’une autre vie.

Posez-vous donc des questions nettes et précises et ne craignez pas de les multiplier : on peut bien donner quelques minutes pour conquérir un bonheur éternel. Ne travaillez-vous pas tous les jours en vue d’amasser de quoi vous donner le repos sur vos vieux jours ? Ce repos n’est-il pas l’objet de tous vos désirs, le but qui vous fait endurer des fatigues et des privations momentanées ? Eh bien ! qu’est-ce que ce repos de quelques jours, troublé par les infirmités du corps, à côté de celui qui attend l’homme de bien ? Cela ne vaut-il pas la peine de faire quelques efforts ? Je sais que beaucoup disent que le présent est positif et l’avenir incertain ; or, voilà précisément la pensée que nous sommes chargés de détruire en vous, car nous voulons vous faire comprendre cet avenir de manière à ce qu’il ne puisse laisser aucun doute dans votre âme ; c’est pourquoi nous avons d’abord appelé votre attention par des phénomènes de nature à frapper vos sens, puis nous vous donnons des instructions que chacun de vous est chargé de répandre. C’est dans ce but que nous avons dicté le Livre des Esprits. »

SAINT AUGUSTIN

Beaucoup de fautes que nous commettons passent inaperçues pour nous ; si, en effet, suivant le conseil de saint Augustin, nous interrogions plus souvent notre conscience, nous verrions combien de fois nous avons failli sans y penser, faute par nous de scruter la nature et le mobile de nos actes. La forme interrogative a quelque chose de plus précis qu’une maxime que souvent on ne s’applique pas. Elle exige des réponses catégoriques par oui ou par non qui ne laissent pas d’alternative ; ce sont autant d’arguments personnels, et par la somme des réponses on peut supputer la somme du bien et du mal qui est en nous.

Instruction des Esprits sur la régénération de l’humanité

Le blog du Phare, groupe spirite à Petit-Quevilly (agglomération de Rouen).

Article paru dans la Revue Spirite d’octobre 1866.


Les événements se précipitent avec rapidité, aussi ne vous disons-nous plus, comme autrefois : « Les temps sont proches » ; nous vous disons maintenant : « Les temps sont arrivés. »

Par ces mots n’entendez pas un nouveau déluge, ni un cataclysme, ni un bouleversement général. Des convulsions partielles du globe ont eu lieu à toutes les époques et se produisent encore, parce qu’elles tiennent à sa constitution, mais ce ne sont pas là les signes des temps.

Et cependant tout ce qui est prédit dans l’Évangile doit s’accomplir et s’accomplit en ce moment, ainsi que vous le reconnaîtrez plus tard ; mais ne prenez les signes annoncés que comme des figures dont il faut saisir l’esprit et non la lettre. Toutes les Écritures renferment de grandes vérités sous le voile de l’allégorie, et c’est parce que les commentateurs se sont attachés à la lettre qu’ils se sont fourvoyés. Il leur a manqué la clef pour en comprendre le sens véritable. Cette clef est dans les découvertes de la science et dans les lois du monde invisible que vient vous révéler le Spiritisme. Désormais, à l’aide de ces nouvelles connaissances, ce qui était obscur devient clair et intelligible.

Tout suit l’ordre naturel des choses, et les lois immuables de Dieu ne seront point interverties. Vous ne verrez donc ni miracles, ni prodiges, ni rien de surnaturel dans le sens vulgaire attaché à ces mots.

Ne regardez pas au ciel pour y chercher des signes précurseurs, car vous n’en verrez point, et ceux qui vous en annonceront vous abuseront ; mais regardez autour de vous, parmi les hommes, c’est là que vous les trouverez.

Ne sentez-vous pas comme un vent qui souffle sur la terre et agite tous les Esprits ? Le monde est dans l’attente et comme saisi d’un vague pressentiment à l’approche de l’orage.

Ne croyez cependant pas à la fin du monde matériel ; la terre a progressé depuis sa transformation ; elle doit progresser encore, et non point être détruite. Mais l’humanité est arrivée à l’une de ses périodes de transformation, et la terre va s’élever dans la hiérarchie des mondes.

Ce n’est donc pas la fin du monde matériel qui se prépare, mais la fin du monde moral ; c’est le vieux monde, le monde des préjugés, de l’égoïsme, de l’orgueil et du fanatisme qui s’écroule ; chaque jour en emporte quelque débris. Tout finira pour lui avec la génération qui s’en va, et la génération nouvelle élèvera le nouvel édifice que les générations suivantes consolideront et complèteront.

De monde d’expiation, la terre est appelée à devenir un jour un monde heureux, et son habitation sera une récompense au lieu d’être une punition. Le règne du bien doit y succéder au règne du mal.

Pour que les hommes soient heureux sur la terre, il faut qu’elle ne soit peuplée que de bons Esprits incarnés et désincarnés qui ne voudront que le bien. Ce temps étant arrivé, une grande émigration s’accomplit en ce moment parmi ceux qui l’habitent ; ceux qui font le mal pour le mal, et que le sentiment du bien ne touche pas, n’étant plus dignes de la terre transformée, en seront exclus, parce qu’ils y porteraient de nouveau le trouble et la confusion et seraient un obstacle au progrès. Ils iront expier leur endurcissement dans des mondes inférieurs, où ils porteront leurs connaissances acquises, et qu’ils auront pour mission de faire avancer. Ils seront remplacés sur la terre par des Esprits meilleurs qui feront régner entre eux la justice, la paix, la fraternité.

La terre, nous l’avons dit, ne doit point être transformée par un cataclysme qui anéantirait subitement une génération. La génération actuelle disparaîtra graduellement, et la nouvelle lui succédera de même sans que rien soit changé à l’ordre naturel des choses. Tout se passera donc extérieurement comme d’habitude, avec cette seule différence, mais cette différence est capitale, qu’une partie des Esprits qui s’y incarnaient ne s’y incarneront plus. Dans un enfant qui naîtra, au lieu d’un Esprit arriéré et porté au mal qui s’y serait incarné, ce sera un Esprit plus avancé et porté au bien. Il s’agit donc bien moins d’une nouvelle génération corporelle que d’une nouvelle génération d’Esprits. Ainsi, ceux qui s’attendaient à voir la transformation s’opérer par des effets surnaturels et merveilleux seront déçus.

L’époque actuelle est celle de la transition ; les éléments des deux générations se confondent. Placés au point intermédiaire, vous assistez au départ de l’une et à l’arrivée de l’autre, et chacun se signale déjà dans le monde par les caractères qui lui sont propres.

Les deux générations qui succèdent l’une à l’autre ont des idées et des vues tout opposées. A la nature des dispositions morales, mais surtout des dispositions intuitives et innées, il est facile de distinguer à laquelle des deux appartient chaque individu.

La nouvelle génération, devant fonder l’ère du progrès moral, se distingue par une intelligence et une raison généralement précoces, jointes au sentiment inné du bien et des croyances spiritualistes, ce qui est le signe indubitable d’un certain degré d’avancement antérieur. Elle ne sera point composée exclusivement d’Esprits éminemment supérieurs, mais de ceux qui, ayant déjà progressé, sont prédisposés à s’assimiler toutes les idées progressives et aptes à seconder le mouvement régénérateur.

Ce qui distingue, au contraire, les Esprits arriérés, c’est d’abord la révolte contre Dieu par la négation de la Providence et de toute puissance supérieure à l’humanité ; puis la propension instinctive aux passions dégradantes, aux sentiments anti-fraternels de l’égoïsme, de l’orgueil, de la haine, de la jalousie, de la cupidité, enfin la prédominance de l’attachement pour tout ce qui est matériel.

Ce sont ces vices dont la terre doit être purgée par l’éloignement de ceux qui refusent de s’amender, parce qu’ils sont incompatibles avec le règne de la fraternité et que les hommes de bien souffriront toujours de leur contact. La terre en sera délivrée, et les hommes marcheront sans entraves vers l’avenir meilleur qui leur est réservé ici-bas, pour prix de leurs efforts et de leur persévérance, en attendant qu’une épuration encore plus complète leur ouvre l’entrée des mondes supérieurs.

Par cette émigration des Esprits, il ne faut pas entendre que tous les Esprits retardataires seront expulsés de la terre et relégués dans les mondes inférieurs. Beaucoup, au contraire, y reviendront, car beaucoup ont cédé à l’entraînement des circonstances et de l’exemple ; l’écorce était chez eux plus mauvaise que le fond. Une fois soustraits à l’influence de la matière et des préjugés du monde corporel, la plupart verront les choses d’une manière toute différente que de leur vivant, ainsi que vous en avez de nombreux exemples. En cela, ils sont aidés par les Esprits bienveillants qui s’intéressent à eux et qui s’empressent de les éclairer et de leur montrer la fausse route qu’ils ont suivie. Par vos prières et vos exhortations, vous pouvez vous-mêmes contribuer à leur amélioration, parce qu’il y a solidarité perpétuelle entre les morts et les vivants.

Ceux-là pourront donc revenir, et ils en seront heureux, car ce sera une récompense. Qu’importe ce qu’ils auront été et ce qu’ils auront fait, sils sont animés de meilleurs sentiments ! Loin d’être hostiles à la société et au progrès, ce seront des auxiliaires utiles, car ils appartiendront à la nouvelle génération.

Il n’y aura donc d’exclusion définitive que pour les Esprits foncièrement rebelles, ceux que l’orgueil et l’égoïsme, plus que l’ignorance, rendent sourds à la voix du bien et de la raison. Mais ceux-là mêmes ne sont pas voués à une infériorité perpétuelle, et un jour viendra où ils répudieront leur passé et ouvriront les yeux à la lumière.

Priez donc pour ces endurcis afin qu’ils s’amendent pendant qu’il en est temps encore, car le jour de l’expiation approche.

Malheureusement la plupart, méconnaissant la voix de Dieu, persisteront dans leur aveuglement, et leur résistance marquera la fin de leur règne par des luttes terribles. Dans leur égarement, ils courront eux-mêmes à leur perte ; ils pousseront à la destruction qui engendrera une multitude de fléaux et de calamités, de sorte que, sans le vouloir, ils hâteront l’avènement de l’ère de la rénovation.

Et comme si la destruction ne marchait pas assez vite, on verra les suicides se multiplier dans une proportion inouïe, jusque parmi les enfants. La folie n’aura jamais frappé un plus grand nombre d’hommes qui seront, avant la mort, rayés du nombre des vivants. Ce sont là les véritables signes des temps. Et tout cela s’accomplira par l’enchaînement des circonstances, ainsi que nous l’avons dit, sans qu’il soit en rien dérogé aux lois de la nature.

Cependant, à travers le nuage sombre qui vous enveloppe, et au sein duquel gronde la tempête, voyez déjà poindre les premiers rayons de l’ère nouvelle ! La fraternité pose ses fondements sur tous les points du globe et les peuples se tendent la main ; la barbarie se familiarise au contact de la civilisation ; les préjugés de races et de sectes, qui ont fait verser des flots de sang, s’éteignent ; le fanatisme et l’intolérance perdent du terrain, tandis que la liberté de conscience s’introduit dans les mœurs et devient un droit. Partout les idées fermentent ; on voit le mal et l’on essaye des remèdes, mais beaucoup marchent sans boussole et s’égarent dans les utopies. Le monde est dans un immense travail d’enfantement qui aura duré un siècle ; dans ce travail, encore confus, on voit cependant dominer une tendance vers un but : celui de l’unité et de l’uniformité qui prédisposent à la fraternisation.

Ce sont encore là des signes du temps ; mais tandis que les autres sont ceux de l’agonie du passé, ces derniers sont les premiers vagissements de l’enfant qui naît, les précurseurs de l’aurore que verra se lever le siècle prochain, car alors la nouvelle génération sera dans toute sa force. Autant la physionomie du dix-neuvième siècle diffère de celle du dix-huitième à certains points de vue, autant celle du vingtième siècle sera différente du dix-neuvième à d’autres points de vue.

Un des caractères distinctifs de la nouvelle génération sera la foi innée ; non la foi exclusive et aveugle qui divise les hommes, mais la foi raisonnée qui éclaire et fortifie, qui les unit et les confond dans un commun sentiment d’amour de Dieu et du prochain. Avec la génération qui s’éteint disparaîtront les derniers vestiges de l’incrédulité et du fanatisme, également contraires au progrès moral et social.

Le Spiritisme est la voie qui conduit à la rénovation, parce qu’il ruine les deux plus grands obstacles qui s’y opposent : l’incrédulité et le fanatisme. Il donne une foi solide et éclairée ; il développe tous les sentiments et toutes les idées qui correspondent aux vues de la nouvelle génération ; c’est pourquoi il est comme inné et à l’état d’intuition dans le cœur de ses représentants. L’ère nouvelle le verra donc grandir et prospérer par la force même des choses. Il deviendra la base de toutes les croyances, le point d’appui de toutes les institutions.

Mais d’ici là, que de luttes il aura encore à soutenir contre ses deux plus grands ennemis : l’incrédulité, et le fanatisme qui, chose bizarre, se donnent la main pour l’abattre ! Ils pressentent son avenir et leur ruine : c’est pourquoi ils le redoutent, car ils le voient déjà planter, sur les ruines du vieux monde égoïste, le drapeau qui doit rallier tous les peuples. Dans la divine maxime : Hors la charité point de salut, ils lisent leur propre condamnation, car c’est le symbole de la nouvelle alliance fraternelle proclamée par le Christ[1]. Elle se montre à eux comme les mots fatals du festin de Balthazar. Et pourtant, cette maxime, ils devraient la bénir, car elle les garantit de toutes représailles de la part de ceux qu’ils persécutent. Mais non, une force aveugle les pousse à rejeter ce qui seul pourrait les sauver !

Que pourront-ils contre l’ascendant de l’opinion qui les répudie ? Le Spiritisme sortira triomphant de la lutte, n’en doutez pas, car il est dans les lois de la nature, et par cela même impérissable. Voyez par quelle multitude de moyens l’idée se répand et pénètre partout ; croyez bien que ces moyens ne sont pas fortuits, mais providentiels ; ce qui, au premier abord, semblerait devoir lui nuire, est précisément ce qui aide à sa propagation.

Bientôt il verra surgir des champions hautement avoués parmi les hommes les plus considérables et les plus accrédités, qui l’appuieront de l’autorité de leur nom et de leur exemple, et imposeront silence à ses détracteurs, car on n’osera pas les traiter de fous. Ces hommes l’étudient dans le silence et se montreront quand le moment propice sera venu. Jusque-là, il est utile qu’ils se tiennent à l’écart.

Bientôt aussi vous verrez les arts y puiser comme à une mine féconde, et traduire ses pensées et les horizons qu’il découvre par la peinture, la musique, la poésie et la littérature. Il vous a été dit qu’il y aurait un jour l’art spirite, comme il y a eu l’art païen et l’art chrétien, et c’est une grande vérité, car les plus grands génies s’en inspireront. Bientôt vous en verrez les premières ébauches, et plus tard il prendra le rang qu’il doit avoir.

Spirites, l’avenir est à vous et à tous les hommes de cœur et de dévouement. Ne vous effrayez pas des obstacles, car il n’en est aucun qui puisse entraver les desseins de la Providence. Travaillez sans relâche, et remerciez Dieu de vous avoir placés à l’avant-garde de la nouvelle phalange. C’est un poste d’honneur que vous avez vous-mêmes demandé, et dont il faut vous rendre dignes par votre courage, votre persévérance et votre dévouement. Heureux ceux qui succomberont dans cette lutte contre la force ; mais la honte sera, dans le monde des Esprits, pour ceux qui succomberaient par faiblesse ou pusillanimité. Les luttes, d’ailleurs, sont nécessaires pour fortifier l’âme ; le contact du mal fait mieux apprécier les avantages du bien. Sans les luttes qui stimulent les facultés, l’Esprit se laisserait aller à une insouciance funeste à son avancement. Les luttes contre les éléments développent les forces physiques et l’intelligence ; les luttes contre le mal développent les forces morales.

Remarques. – 1° La manière dont s’opère la transformation est fort simple, et, comme on le voit, elle est toute morale et ne s’écarte en rien des lois de la nature. Pourquoi donc les incrédules repoussent-ils ces idées, puisqu’elles n’ont rien de surnaturel ? C’est que, selon eux, la loi de vitalité cesse à la mort du corps, tandis que pour nous elle se poursuit sans interruption ; ils restreignent son action et nous l’étendons ; c’est pourquoi nous disons que les phénomènes de la vie spirituelle ne sortent pas des lois de la nature. Pour eux, le surnaturel commence où finit l’appréciation par les sens.

2° Que les Esprits de la nouvelle génération soient de nouveaux Esprits meilleurs, ou les anciens Esprits améliorés, le résultat est le même ; dès l’instant qu’ils apportent de meilleures dispositions, c’est toujours un renouvellement. Les Esprits incarnés forment ainsi deux catégories, selon leurs dispositions naturelles : d’une part, les Esprits retardataires qui partent, de l’autre les Esprits progressifs qui arrivent. L’état des mœurs et de la société sera donc, chez un peuple, chez une race ou dans le monde entier, en raison de celle des deux catégories qui aura la prépondérance.

Pour simplifier la question, soit donné un peuple, à un degré quelconque d’avancement, et composé de vingt millions d’âmes, par exemple ; le renouvellement des Esprits se faisant au fur à mesure des extinctions, isolées ou en masse, il y a nécessairement eu un moment où la génération des Esprits retardataires l’emportait en nombre sur celle des Esprits progressifs qui ne comptaient que de rares représentants sans influence, et dont les efforts pour faire prédominer le bien et les idées progressives étaient paralysés. Or, les uns partant et les autres arrivant, après un temps donné, les deux forces s’équilibrent et leur influence se contrebalance. Plus tard, les nouveaux venus sont en majorité et leur influence devient prépondérante, quoique encore entravée par celle des premiers ; ceux-ci, continuant à diminuer tandis que les autres se multiplient, finiront par disparaître ; il arrivera donc un moment où l’influence de la nouvelle génération sera exclusive.

Nous assistons à cette transformation, au conflit qui résulte de la lutte des idées contraires qui cherchent à s’implanter ; les unes marchent avec le drapeau du passé, les autres avec celui de l’avenir. Si l’on examine l’état actuel du monde, on reconnaîtra que, prise dans son ensemble, l’humanité terrestre est loin encore du point intermédiaire où les forces se balancent ; que les peuples, considérés isolément, sont à une grande distance les uns des autres sur cette échelle ; que quelques-uns touchent à ce point, mais qu’aucun ne l’a encore dépassé. Du reste, la distance qui le sépare des points extrêmes est loin d’être égale en durée, et une fois la limite franchie, la nouvelle route sera parcourue avec d’autant plus de rapidité, qu’une foule de circonstances viendront l’aplanir.

Ainsi s’accomplit la transformation de l’humanité. Sans l’émigration, c’est-à-dire sans le départ des Esprits retardataires qui ne doivent pas revenir, ou qui ne doivent revenir qu’après s’être améliorés, l’humanité terrestre ne resterait pas pour cela indéfiniment stationnaire, parce que les Esprits les plus arriérés avancent à leur tour ; mais il eût fallu des siècles, et peut-être des milliers d’années pour atteindre le résultat qu’un demi-siècle suffira pour réaliser.

Une comparaison vulgaire fera mieux comprendre encore ce qui se passe en cette circonstance. Supposons un régiment composé en grande majorité d’hommes turbulents et indisciplinés : ceux-ci y porteront sans cesse un désordre que la sévérité de la loi pénale aura souvent de la peine à réprimer. Ces hommes sont les plus forts, parce qu’ils sont les plus nombreux ; ils se soutiennent, s’encouragent et se stimulent par l’exemple. Les quelques bons sont sans influence ; leurs conseils sont méprisés ; ils sont bafoués, maltraités par les autres, et souffrent de ce contact. N’est-ce pas là l’image de la société actuelle ?

Supposons qu’on retire ces hommes du régiment un par un, dix par dix, cent par cent, et qu’on les remplace à mesure par un nombre égal de bons soldats, même par ceux qui auront été expulsés, mais qui se seront sérieusement amendés : au bout de quelque temps on aura toujours le même régiment, mais transformé ; le bon ordre y aura succédé au désordre. Ainsi en sera-t-il de l’humanité régénérée.

Les grands départs collectifs n’ont pas seulement pour but d’activer les sorties, mais de transformer plus rapidement l’esprit de la masse en la débarrassant des mauvaises influences, et de donner plus d’ascendant aux idées nouvelles.

C’est parce que beaucoup, malgré leurs imperfections, sont mûrs pour cette transformation, que beaucoup partent afin d’aller se retremper à une source plus pure. Tant qu’ils seraient restés dans le même milieu et sous les mêmes influences, ils auraient persisté dans leurs opinions et dans leur manière de voir les choses. Un séjour dans le monde des Esprits suffit pour leur dessiller les yeux, parce qu’ils y voient ce qu’ils ne pouvaient pas voir sur la terre. L’incrédule, le fanatique, l’absolutiste, pourront donc revenir avec des idées innées de foi, de tolérance et de liberté. A leur retour, ils trouveront les choses changées, et subiront l’ascendant du nouveau milieu où ils seront nés. Au lieu de faire de l’opposition aux idées nouvelles, ils en seront les auxiliaires.

La régénération de l’humanité n’a donc pas absolument besoin du renouvellement intégral des Esprits : il suffit d’une modification dans leurs dispositions morales ; cette modification s’opère chez tous ceux qui y sont prédisposés, lorsqu’ils sont soustraits à l’influence pernicieuse du monde. Ceux qui reviennent alors ne sont pas toujours d’autres Esprits, mais souvent les mêmes Esprits pensant et sentant autrement.

Lorsque cette amélioration est isolée et individuelle, elle passe inaperçue, et elle est sans influence ostensible sur le monde. Tout autre est l’effet, lorsqu’elle s’opère simultanément sur de grandes masses ; car alors, selon les proportions, en une génération les idées d’un peuple ou d’une race peuvent être profondément modifiées.

C’est ce qu’on remarque presque toujours après les grandes secousses qui déciment les populations. Les fléaux destructeurs ne détruisent que le corps, mais n’atteignent pas l’Esprit ; ils activent le mouvement de va-et-vient entre le monde corporel et le monde spirituel, et par suite le mouvement progressif des Esprits incarnés et désincarnés.

C’est un de ces mouvements généraux qui s’opère en ce moment, et qui doit amener le remaniement de l’humanité. La multiplicité des causes de destruction est un signe caractéristique des temps, car elles doivent hâter l’éclosion des nouveaux germes. Ce sont les feuilles d’automne qui tombent, et auxquelles succèderont de nouvelles feuilles pleines de vie ; car l’humanité a ses saisons, comme les individus ont leurs âges. Les feuilles mortes de l’humanité tombent emportées par les rafales et les coups de vent, mais pour renaître plus vivaces sous le même souffle de vie, qui ne s’éteint pas, mais se purifie.

Pour le matérialiste, les fléaux destructeurs sont des calamités sans compensations, sans résultats utiles, puisque, selon lui, ils anéantissent les êtres sans retour. Mais pour celui qui sait que la mort ne détruit que l’enveloppe, ils n’ont pas les mêmes conséquences, et ne lui causent pas le moindre effroi, car il en comprend le but, et il sait aussi que les hommes ne perdent pas plus à mourir ensemble qu’à mourir isolément, puisque, de manière ou d’autre, il faut toujours en arriver là.

Les incrédules riront de ces choses et les traiteront de chimères ; mais, quoi qu’ils disent, ils n’échapperont pas à la loi commune ; ils tomberont à leur tour comme les autres, et alors qu’adviendra-t-il d’eux ? Ils disent : rien ; mais ils vivront en dépit d’eux-mêmes, et seront forcés un jour d’ouvrir les yeux.

Paris, avril 1866. Méd. M. M. et T., en somnambulisme.


[1]    Voir Evangile selon le Spiritisme, chap. xv.